DOSSIER - Commission Ménard sur les manifs de 2012: poulet grillé et profilage politique...

Même si les principaux acteurs-ices du "Printemps érable" de 2012 (étudiantEs et syndicats de flics) boycottent la Commission Ménard, il s'en dit des vertes et des pas mûres dans ce cirque! C'est pourquoi le COBP a trouvé utile de réunir quelques articles de médias de masse sur cette Commission qui touchent en particulier aux enjeux liés à la police et aux manifs. En espérant que les lecteurs-ices sauront lire entre les lignes et voir à travers le brouillard de mensonges des chefs de police et autres justiflicateurs de la répression politique et de la brutalité policière...

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Restons polis
30 septembre 2013 | Jean-François Nadeau | Québec

Chauffeur occasionnel de Pierre Bourgault au RIN, devenu brillant avocat puis ministre, Serge Ménard a lancé, la semaine dernière, les audiences de la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012.

À titre de président, il a commencé par présenter ses commissaires, Claudette Charbonneau et Bernard Grenier, tout en soulignant qu’il espérait que la caméra des travaux pourrait croquer au passage Me Alexandra Marcil, la secrétaire de ladite Commission, qui est, disait-il, « plus que montrable ».

Avec un commentaire de ce genre, me suis-je dit, M. Ménard débute en accusant son âge. Mais qu’est-ce qu’il accusera d’autre ?

La commission a notamment accueilli Marie Gagnon, directrice générale de l’École nationale de police. Précisant d’abord qu’il aimait beaucoup cette institution, Serge Ménard s’est vite enquis auprès d’elle du langage des futurs policiers, en particulier de celui qui relèverait de l’ordre des préjugés.

Réponse de Mme la directrice : « Il y a toujours le souci d’accompagner l’individu à se connaître davantage, de reconnaître ce qu’il peut avoir comme préjugé ou non, de reconnaître comment il peut intervenir en tenant compte de ce qu’il est. » Vous suivez ?

Ménard avait-il en tête les « osties de gratteux de guitare » et les « platoniciens du nowhere » du matricule 728 ou bien toutes les autres déclinaisons du genre qui anticipaient déjà, au printemps 2012, ce petit bijou d’intervention policière ?

Prosaïque, Serge Ménard se demande plutôt si le fait de « parler de “fifi” ou de “sale nègre”» est admissible au coeur de notre Police Academy. Nouvelle réponse bien tranchée de Mme Gagnon : elle explique que l’École apprend aux futurs constables à « mobiliser l’ensemble de leurs compétences, de leurs connaissances, dans une intervention plus exigeante, plus complexe ». On ne peut plus clair.

Mais le langage haineux tenu à l’égard des manifestants était-il convenable, poursuit Serge Ménard ?

Difficile à dire, du moins à entendre Mme la Directrice : « Notre rôle est de prendre un certain recul, d’avoir une vision globale de la situation, des interventions, du contexte, de le comprendre à son essence même et d’en faire des bilans et de le faire avec nos partenaires et de regarder ce que l’on peut améliorer. » Et Serge Ménard de conclure dignement cette demi-journée d’audiences par l’heureuse conclusion qui s’imposait devant toute l’éloquence probante offerte par le témoignage de cette digne école : « On voit que la police, maintenant, c’est une profession. »

***

Un autre jour, Marc Parent, directeur du Service de police de la Ville de Montréal, est lui aussi fort aimablement accueilli. En bon procureur, Serge Ménard le traque un peu. À propos de quoi ? Essentiellement des abus de langage, des insultes. Oui, bon, admet Marc Parent, il peut y en avoir eu.

Les abus de droit et les abus physiques sont autrement plus graves et sérieux que des abus de langage. Mais on n’en parle tout de même pas trop avec ce représentant policier. Qu’importe d’ailleurs puisque Marc Parent « ne peut pas cacher sa fierté » devant ses troupes.

Puis, il y a eu aussi Martine Desjardins, figure de proue des étudiants, qui avoue, dépitée, s’être fait crier de vilains noms par la police.

Au bout du compte, Serge Ménard a donc bien appris qu’il y avait eu des insultes de lancées ce printemps. Et il en a semblé satisfait.

Mais si l’on s’intéresse tant au poids des mots, pourquoi ne pas demander à Mario Laprise, le directeur général de la Sûreté du Québec (SQ), sur quelle base exacte il distingue constamment, au cours de son témoignage, les bons manifestants d’une part et ceux qu’il estime mauvais, d’autre part, à savoir les « militants », les « criminels » et les « anarchistes » ? De qui ou quoi parle sa police lorsqu’elle utilise ces catégories floues ?

Personne à la Commission ne semble avoir voulu savoir ce que le directeur de la SQ plaçait dans ce fourre-tout langagier bien commode pour soutenir les actions de sa police. Si bien qu’on pouvait presque croire qu’à la Commission ce type de profilage politique avoué est accepté de facto comme un principe d’action respectable. Suis-je le seul à penser que c’est grossier ?

Mais restons polis.

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La « politesse » constitue un fonds de commerce exploité par des moralistes à la petite semaine. Vous connaissez leur refrain : « la politesse se perd, on ne l’enseigne plus, misère, malheur. » Le discours sur la politesse constitue souvent un rappel à la norme et aux déférences obligées de la part de ceux qui en bénéficient le plus.

Et si les représentants armés de l’autorité ne respectent même plus la politesse avant de frapper, de gazer et d’arrêter en masse, comment justifier que ce monde qu’ils représentent puisse être encore tenu pour respectable ?

Ce professeur de 74 ans entendu à la Commission parce qu’il a été frappé sans raison par la police, devrait-il exiger qu’on lui dise : « Je vous prie de bien vouloir subir ce matraquage » ?

« Ce n’est pas le rince-doigts qui fait les mains propres », disait Léo Ferré. Et ce n’est pas un rince-bouche administré par une commission au langage des policiers qui nous donnera la justice.

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Un groupe crée sa propre commission

La commission Ménard a été créée pour « faire taire les demandes d’enquête indépendante sur le travail policier », estime l’Association pour la liberté d’expression (ALE). Celle-ci a donc décidé de mettre sur pied la Commission populaire sur la répression politique (CPRP), qui tiendra des audiences publiques au printemps 2014. Les porte-parole de l’ALE soutiennent que la commission Ménard manque de transparence et que son mandat est trop restreint. La CPRP ira donc « au-delà de la répression survenue lors du printemps érable » en abordant la question du profilage politique. Francis Dupuis-Déri, un professeur de science politique à l’UQAM qui a milité lors du conflit étudiant, agira à titre de commissaire.

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