Fait divers : un homme de 63 ans en détresse psychologique/sucidaire abattu par des policiers du SPVM

Choquant.
D’abord, même si c’est la chose à ne pas faire, la lecture des commentaires en réaction aux articles relatant cette nouvelle est des plus consternante. 2016. Nous sommes en 2016. En 2016, les notions de détresse psychologique, d’idées suicidaires et de problèmes/troubles de santé mentale semblent toujours être très mal comprises et associées à de grands préjugés.
La « maladie mentale » ce n’est pas un homme ou une femme qui se promène avec une passoire sur la tête en se parlant toute seule et en criant à qui veut l’entendre que les extra-terrestres lisent nos pensées et vont nous envahir.
La « maladie mentale » c’est toi, ta sœur ou ton frère, ton ou ta collègue, ton ami-e, ton voisin ou ta voisine, etc.
La « maladie mentale » c’est une personne qui a l’air de toi pis moi, à l’exception qu’elle fait l’expérience d’un niveau (potentiellement très élevé) de dysfonctionnement et de détresse, apparente ou pas.
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Quelques chiffres.
À Montréal, on parle de 29% de la population qui présente dépression majeure, troubles anxieux ou problèmes de consommation.
À titre indicatif, seulement 30% des personnes souffrant de dépression iraient chercher de l’aide, faible chiffre s’expliquant principalement par la peur d’être stigmatisées ou par une incompréhension de leur état.
Au Québec, on parle de 1101 suicides complétés en 2013. Un résumé frette de la situation : 3 personnes par jour s’enlèvent la vie, sans compter les tentatives de suicide, qui sont difficiles à comptabiliser.
On estime qu’environ 1 personne sur 5 sera touchée de près ou de loin par la maladie mentale au cours de sa vie.
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Non, 29% des montréalais-e-s ne sont pas des faibles qui manquent de volonté.
Non, 29% des montréalais-e-s ne sont pas des gens qui ne méritent pas de vivre.
Non, 29% des montréalais-e-s ne sont pas une menace latente pour vous et vos enfants.
Si le potentiel de dangerosité ne doit pas être négligé, trouble de santé mentale et dangerosité ne sont pas synonymes.
Si les comportements agressifs ne doivent pas être acceptés ou excusés, ils doivent être compris et interprétés dans leurs contextes. « … sans empathie à l’égard de la personne, les chances de réussir à communiquer sont minces » -rapport d’enquête de Luc Malouin, coroner, février 2016.
Si les recommandations s’empilent depuis des années suite aux décès de personnes présentant des problèmes de santé mentale sous les balles du SPVM, leurs mises en application semblent bien difficiles. Les rapports de coroners se suivent et se ressemblent. Questionnements sur les interventions, les armes, le manque de formation pour intervenir auprès de personnes présentant des problématiques de santé mentale, le manque de ressources en santé mentale, etc.
Les formations existent pour les policier-ère-s du SPVM, mais ne sont pas obligatoires. Est-ce par manque d’argent? Par manque de volonté politique? Pourquoi autant d’argent investi dans l’achat d’armes et le volet répressif de la police et aussi peu en formation?
Des nouvelles initiatives émergent. Des équipes spécialisées en urgence psychosociale existent. En 2014, avec un duo disponible 7 jours/7, 24 heures/24, on chiffrait le nombre d’intervention à plus de 2000. À ma connaissance, les équipes sont encore moins nombreuses que les doigts de ma main pour couvrir l’ensemble du territoire montréalais.
Les Mario Hamel, Jean-François Nadeau, Alain Magloire, Farshad Mohammadi, André Benjamin ne sont pas des « faits divers ».
Derrière ces hommes il y a de la détresse. De la grosse détresse sale. De la détresse qu’on côtoie à tous les jours et qu’on ne veut pas voir.
On peut se fermer les yeux.
On peut refuser de critiquer le travail des policier-ères. Accepter que la police enquête sur la police. Se cantonner à dire que c’est une job difficile et ranger les rapports de coroners pour qu’ils prennent la poussière sur des tablettes.
On peut aussi oublier les coupures dans les organismes communautaires qui ont eu le mandat d’assurer le suivi des personnes présentant des troubles de santé mentale suite à la désinstitutionnalisation.
On peut oublier les délais d’accès aux services en santé mentale.
On peut oublier les problèmes d’accessibilité aux services de santé mentale.
Non, Mario Hamel, Jean-François Nadeau, Alain Magloire, Farshad Mohammadi, André Benjamin, etc., ne sont pas des « faits divers ».
Ils sont le symptôme de problèmes politiques et sociaux.

Texte écrit par une sympathisante du Collectif Opposé à la Brutalité Policière
Endossé par le COBP