Ian Lafrenière: de porte-parole du SPVM à formateur pour l'UNESCO

Nul n'est prophète en son pays, dit l'adage. Éjecté de son poste de responsable des communications par une direction qui voulait changer son modèle de relations publiques, l'ancien porte-parole de la police de Montréal Ian Lafrenière est maintenant un formateur très en vue pour l'UNESCO, qui souhaite implanter sa vision au sein des services d'urgence de plusieurs pays d'Afrique.

Départ subit

Son départ s'est fait subitement, en juin dernier. Après plusieurs années à représenter le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sur toutes les chaînes de télé, dans tous les journaux, Ian Lafrenière a été retiré de ses fonctions et envoyé à la Direction du renseignement. Avec l'aide d'une firme privée de faiseurs d'image, le chef Philippe Pichet avait décidé de revoir complètement son modèle de relations publiques. Ian Lafrenière a toutefois conservé un pied dans la sphère des communications, grâce à son deuxième emploi : officier d'affaires publiques réserviste pour l'armée canadienne. « Aujourd'hui, je m'exprime en tant que militaire », souligne-t-il.

Manuel de formation

Le communicateur d'expérience a rédigé un manuel pédagogique sur les relations entre les services d'urgence et les journalistes pour l'UNESCO, qui travaille à promouvoir la liberté de la presse et la transparence auprès des forces de l'ordre de plusieurs pays en voie de développement. Il a offert des formations en Somalie, au Mali, au Rwanda, en Côte d'Ivoire, en Tunisie, et devrait se rendre dans plusieurs autres pays en 2017. « Le premier réflexe des forces de sécurité partout dans le monde, c'est "pas de commentaires" et la main dans la caméra pour empêcher les photos. Je leur explique qu'agir ainsi, c'est confirmer qu'on a quelque chose à cacher », dit-il. Son modèle à lui : multiplier les entrevues au maximum et favoriser les rencontres informelles avec la police pour démystifier son travail, notamment lors de journées portes ouvertes.

Accepter la critique

Son ancien rôle de porte-parole du SPVM ne lui a pas attiré que des compliments, loin de là. Il devait parfois parler de certains agissements impopulaires et controversés des policiers, répondre aux questions au sujet de manifestations, de bavures, de morts de citoyens. Il a reçu des insultes, des menaces. « Dans mes formations, j'explique qu'on ne fait pas notre job parce que ça paraît bien, on fait notre job parce qu'on doit le faire. L'important, c'est d'expliquer notre position. Ensuite, le citoyen se fait son opinion, et peut-être qu'il restera sur sa position. Mais si on ne prend pas le temps de parler, d'expliquer, l'information va venir d'ailleurs de toute façon », dit-il.

Chemins différents

Ses formations sont données à des policiers, des militaires, des pompiers. M. Lafrenière invite aussi des médias locaux pour que les deux groupes se rencontrent et aplanissent leurs différends. « En trois jours, j'ai pour mission de faire réaliser que les journalistes et les forces de sécurité ont un but commun : maintenir une démocratie, mais en utilisant des chemins différents », explique Ian Lafrenière. Ironiquement, sa dernière mission africaine s'est déroulée alors qu'au Québec, le chef du SPVM était plongé dans l'embarras par une affaire d'espionnage de journalistes et par la diffusion à TVA d'un enregistrement où un membre de sa garde rapprochée annonce une lutte sans merci contre le « coulage » d'informations dans la sphère publique.

Changements visibles

Les responsables de l'UNESCO affirment que les formations offertes sont très populaires dans des pays où les forces de l'ordre et la liberté de la presse n'ont pas toujours fait bon ménage. Sasha Rubel Diamanka, conseillère régionale pour l'UNESCO en Afrique de l'Ouest, dit avoir été « profondément touchée » lorsque les forces de l'ordre maliennes lui ont fait part d'une amélioration du climat de travail avec les médias sur le terrain après la formation. « C'est ça qu'on souhaite ! », s'est-elle exclamée lorsque La Presse l'a jointe au Sénégal. « Ian nous a enseigné que tout passe par le respect mutuel », renchérit le sergent Kaly Diakite, chargé de communications au sein de la police malienne.

Hausse au palmarès

« Dans le cas du projet en Tunisie, l'impact des formations a été très visible. Les formations des forces de sécurité par l'UNESCO ont contribué à renforcer la liberté d'expression et la sécurité des journalistes, mais cela ne signifie pas qu'il n'y a plus aucun problème », ajoute Mehdi Benchelah, responsable du projet pour l'UNESCO à Paris. « Il est important de noter que la Tunisie a gagné 30 places dans le classement du dernier rapport mondial sur la liberté d'expression de Reporters sans frontières. Elle est aujourd'hui au 96e rang sur 180 pays », dit-il.

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