L’étonnant discours du SPVM

Mardi dernier marquait la 20e journée internationale contre la brutalité policière. Pour la première fois depuis 2003, la manifestation s’est terminée sans qu’aucun-e manifestant-e ne soit arrêté-e. Une première en 13 ans! Pour une rare fois, la manifestation a eu un début et une fin, décidée et assumée par le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP) et les manifestant-es présent-es.

Le SPVM, par la bouche du relationniste Ian Lafrenière, a tenté de montrer le visage d’une police tolérante et ouverte à la critique à la suite de la manifestation : «Depuis 20 ans, on a toujours partagé le même message. On a dit aux gens qu’ils étaient les bienvenus s’ils sont là dans un but pacifique et qu’ils veulent passer un message. Cette année, le message a été entendu et le résultat est très positif. Comme Service de police, on est très content du résultat.»

Si le SPVM a toujours «passé le même message», si la manifestation du COBP a toujours été «bienvenue», alors peut-être que M. Lafrenière pourrait nous expliquer un certain nombre de choses.

Pourquoi le SPVM a eu dans le passé recours à une stratégie médiatique pour dissuader la population de prendre part à la manifestation, notamment en la déclarant illégale plusieurs jours avant sa tenue, sous prétexte de non-divulgation de l’itinéraire? Pourquoi le SPVM est intervenu auprès de militant-es et de groupes alliés en vue de décourager leur participation à la manifestation? Pourquoi la campagne de peur effectuée année après année auprès des résidant-es et commerçant-es du quartier où est appelée la manifestation, les mettant en garde contre un rassemblement décrit comme violent et les enjoignant à se barricader chez eux et chez elles et à mettre leurs objets de valeur hors d’atteinte?

Pourquoi les avertissements avisant les manifestant-es et les passant-es près du lieu de rassemblement que la manifestation ne sera pas tolérée? Pourquoi les interruptions de service à la station de métro aux abords du point de rassemblement de la manifestation? Pourquoi, année après année, la démonstration de force de la police, avec des effectifs oscillant, dans les 7 dernières années, entre 411 et 669 policier-ères du SPVM, sans compter la présence d’autres corps policiers? Pourquoi les interventions brutales des policier-ères, entrant dans la foule, parfois même avec des chevaux, pour arracher bannières, pancartes et mégaphones tenus par des manifestant-es?

Pourquoi les multiples fouilles «préventives» abusives et probablement illégales de gens se rendant à la manifestation? Pourquoi les arrestations isolées et de masse, préventives et ciblées, notamment d’organisateurs et d’organisatrices, avant, pendant et après la manifestation?

Finalement, si cette manifestation était «bienvenue», pourquoi fut-elle réprimée dès son départ en 2013, 2014 et 2015, les manifestant-es n’ayant pu marcher que quelques mètres avant d’être encerclé-es et détenu-es plusieurs heures avec des constats d’infractions pré-étampés dont le montant équivalait pour plusieurs au coût d’un loyer mensuel?

Face à l’ampleur des pratiques policières qui dissuadent la population de s’approprier la journée internationale contre la brutalité policière, permettez-nous de suggérer qu’il y a quelque chose de grotesque dans la déclaration de Ian Lafrenière. Il nous apparaît donc que ce n’est pas le SPVM qui a «permis» la tenue de la manifestation, mais bien le travail acharné du Collectif opposé à la brutalité policière, de manifestant-es dénonçant l’impunité policière, de plusieurs avocat-es et de nombreux groupes alliés qui consacrent depuis longtemps des efforts considérables à exposer publiquement, devant les tribunaux et dans la rue, les violences répétées du SPVM et son profilage politique des groupes contestataires de l’ordre policier et politique.

Manuel Almeida, arrêté des 15 mars 2002, 2011, 2014 et 2015; Jennifer Bobette, sympathisante du COBP;
Charles Carrier-Plante, arrêté des 15 mars 2014 et 2015;
Lynda Khelil, arrêtée des 15 mars 2013, 2014 et 2015;
Normand Laforce, président de l’Association pour la liberté d’expression et sympathisant du COBP;
Chantal Saumur, arrêtée des 15 mars 2013, 2014 et 2015;
Adis Simidzija, arrêté des 15 mars À2014 et 2015;
Julien Villeneuve, arrêté des 15 mars 2014 et 2015.