La contestation continue à Standing Rock : trois personnes arrêtées

Plus d'un mois après la suspension de la construction de l'oléoduc à Standing Rock, quelques milliers de personnes s'entassent toujours dans des tipis et des tentes. Les contestataires continuent à se faire entendre de façon sporadique.

Lundi, trois militants ont retiré une barrière pour se rendre sur le site de construction du pipeline. Ils ont ensuite démonté l’éclairage d’un pont à la jonction des rivières Cannonball et Missouri, selon une déclaration de la police.

Ils se trouvaient avec environ 200 autres personnes qui manifestaient près de la clôture du chantier de Dakota Access.

Les trois militants ont été placés en détention provisoire et seront accusés d’avoir franchi une propriété privée, incité à une émeute et résisté à leur arrestation. Sur les médias sociaux, des manifestants ont dénoncé l’utilisation de gaz lacrymogène par les policiers.

Entre espoir et inquiétudes à Standing Rock

Au début du mois de décembre, le corps des ingénieurs de l’armée américaine avait rejeté le tracé de l’oléoduc Dakota Access de l'entreprise Energy Transfer Partners, qui traverse plus de 200 cours d’eau. La construction est pratiquement terminée, à l’exception d’un segment près du lac Oahe.

La jeune poétesse innue Natasha Kanapé Fontaine, qui revient tout juste d’un séjour à Standing Rock, affirme que la police militaire surveille les installations de très près. « Il y a régulièrement des hélicoptères qui tournent au-dessus du camp », a-t-elle dit.

L’oléoduc doit traverser quatre États sur 1886 kilomètres et doit transporter le pétrole extrait au Dakota du Nord, tout près de la frontière canadienne, jusque dans l'Illinois. Les coûts de construction ont été estimés à 3,8 milliards de dollars.

Avant de parcourir les 2500 km qui séparent Montréal de Standing Rock, Natasha Kanapé Fontaine a senti le besoin de participer à ce mouvement. À son arrivée, elle en a eu les larmes aux yeux.

« C’est drôle à dire, mais j’ai vu ça dans mes rêves. [...] On se retrouve devant la reconstruction d’une vie en communauté pour une raison, une cause, et c’est un campement autogéré et tout fonctionne assez bien », a-t-elle raconté.

Selon ses observations, entre 2000 et 4000 personnes occupent toujours le site, où des abris, des tipis et des tentes de toutes sortes sont installés. Des Autochtones et des non-Autochtones se côtoient et tentent de survivre à cet hiver rigoureux. « On rencontre des gens qui viennent de partout des États-Unis, du Mexique et du Canada », a-t-elle ajouté.

Un campement permanent

Si certaines personnes partent et reviennent constamment, d’autres y habitent de façon permanente. « Il y a des gens qui vivent ici parce que c’est une vie qui nous ressemble, je vous dirais, a-t-elle dit. Chez les Autochtones surtout, c’est peut-être quelque chose qui nous a manqué. »

Alors que la construction de maisons commence sur le site, l'idée d'un campement permanent fait son chemin. « Un centre d’aide est prévu pour l’été prochain. Donc les gens ont vraiment l’intention de rester ici. Si tout fonctionne bien, ça va devenir un campement permanent d’ici les prochaines années et même un endroit où les gens vivent. »

Inquiétudes

Bien qu'un calme relatif règne pour l’instant à Standing Rock, l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche laisse planer un doute sur l’avenir de la réserve et de ses milliers de membres.

Le président désigné des États-Unis a d’importants intérêts financiers dans le projet. Son équipe de transition a d’ailleurs affirmé qu’il appuie la construction de l’oléoduc et que le projet sera réévalué lorsqu’il entrera en fonction.

Pendant ce temps, le corps des ingénieurs de l’armée américaine et deux bandes indiennes qui s’opposent au projet ont demandé à un juge fédéral de rejeter la requête d’Energy Transfer Partners, qui veut obtenir la permission de terminer la construction de l’oléoduc.

Les deux bandes contestent aussi devant les tribunaux les permis fédéraux octroyés pour le projet.

Un mouvement qui inspire

Au Texas, un mouvement similaire à celui de Standing Rock prend forme. Des douzaines de manifestants s’opposent au pipeline Trans-Pecos.

« Le mouvement de sensibilisation a commencé à Standing Rock et se propage maintenant dans plusieurs communautés des États-Unis », a souligné le chef de la bande sioux de Standing Rock.

Selon Natasha Kanapé Fontaine, ce n’est que le début. « C’est historique sur le continent nord-américain, même dans les histoires anciennes, on ne rapporte pas un rassemblement aussi important. [...] Je pense que ça fait juste commencer. »

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