Les 10 « leçons » du rapport du coroner sur la mort de Fredy Villanueva selon le COBP...

En 1 mot: Jean-Loup Lapointe est un assassin, le SPVM et le gouvernement sont complices!

Près de 5 ans et demi après la mort de Fredy Villanueva sous les balles de l'agent Jean-Loup Lapointe du SPVM, après plus de 100 journées d'audiences et une quarantaine de témoins, le coroner « à temps partiel » André Perreault a finalement rendu public son rapport de 143 pages. Le COBP, qui avait joint sa voix à celles des victimes de l'agent Lapointe et à la Coalition contre les Abus Policiers et la Répression (CRAP) pour demander cette enquête publique, a lu ce rapport avec intérêt et scepticisme. Nous vous livrons ici les 10 « leçons » que l'on peut tirer de ce rapport qui n'est pas la fin de cette saga.

En effet, la famille Villanueva a annoncé quelques jours après la sortie du rapport qu'elle allait relancer sa poursuite au civil de 990 000$ contre l'agent Lapointe et le SPVM, et aussi déposer une plainte criminelle privée contre lui pour utilisation négligente d'une arme à feu, homicide involontaire et voies de faits graves, afin que des accusations soient enfin portées contre cet assassin (ce que le Directeur des Poursuites Criminelles et Pénales avait refusé de faire).(1) Bonne chance et que justice soit enfin faite!

1) L'agent Jean-Loup Lapointe est bel et bien un assassin.
2) À cause de leurs guns et de leur formation, les policiers tirent systématiquement trop.
3) Le SPVM a déjà annoncé qu'il s'en crissait des deux premières leçons de cette affaire.
4) La police tue et blesse abusivement, systématiquement et impunément des gens!
5) Les enquêtes de la police sur la police sont fondamentalement biaisées en faveur de ceux-ci!
6) Les enquêtes du coroner ne valent pas mieux que les enquêtes bidons de la police sur la police!
7) On est rendus à enseigner à l'école secondaire de se soumettre aux flics sous peine de mort!
8) On a le droit de résister à une arrestation illégale (et de contester un ticket)... si on survit?
9) Le profilage racial est un fait, et c'est un fait qui fait chier!
10) La police est humaine, elle peut faire des erreurs, mêmes fatales... pour nous.

1) L'agent Jean-Loup Lapointe est bel et bien un assassin.

On se souviendra que Lapointe a prétendu qu'il avait tiré sur Fredy Villanueva et ses amis parce qu'il avait eu peur d'être désarmé par eux, alors qu'il s'était lui-même pitché au sol pour tenter de maîtriser Dany Villanueva sous prétexte qu'il jouait aux dés dans un parc même s'il ne l'avait pas vu jouer.

Or, à la page 127 de son rapport, le coroner Perreault conclut que: « La preuve ne permet pas de conclure que Fredy Villanueva a tenté ou a eu l'intention de désarmer l'agent Lapointe. » Il ajoute: « je ne crois pas non plus que la peur légitime qu'il a pu ressentir était liée à la perception qu'il allait être désarmé par Fredy Villanueva ou par quelqu'un d'autre. » À la page 129, il affirme aussi que « La preuve tend à démontrer qu'aucun des individus observant la scène n'a entretenu l'intention ce soir-là ni tenté d'attenter de quelque façon à la vie des deux agents. »

Donc, la seule raison pour laquelle Lapointe a tiré quatre balles en deux secondes, tuant Fredy et blessant Denis Meas à l'épaule et Jeffrey Sagor Métellus au dos, c'est parce qu'il aurait « craint pour sa vie et pour celle de sa partenaire » (qui, elle, n'a jamais craint pour la vie de personne!). Or, la preuve démontre qu'il n'avait pas raison d'avoir aussi peur, donc qu'il n'avait pas raison de tirer sur des jeunes qui n'étaient pas armés.

Le coroner, à qui la loi interdit de déterminer la responsabilité criminelle de quiconque, conclut pourtant à la page 129 que Jean-Loup Lapointe ne serait pas un assassin, sous prétexte que si c'était le cas il aurait tiré sur Dany Villanueva « qui était celui qui lui avait donné le plus de fil à retordre ». Il ajoute que: « Son insistance à contrôler Dany Villanueva à mains nues et à convaincre son frère et ses amis de ne pas s'approcher démontre qu'il aurait bien souhaité jusqu'au tout dernier moment ne pas avoir à faire feu. »

Si Lapointe n'a pas tiré sur Dany Villanueva, c'est qu'il avait encore moins de raisons de le faire que sur son frère et ses amis, c'est à dire moins que rien! Et la question n'est pas s'il souhaitait tuer quelqu'un, c'est que son attitude et ses erreurs l'ont poussé à se mettre dans une situation où il s'est senti obligé de tirer sur des jeunes, tuant Fredy Villanueva alors que, comme le dit le coroner, celui-ci « ne méritait pas de mourir » (p. 130). (À noter que le coroner ne recommande pas de renvoyer ni de désarmer Lapointe: il dit à la page 131 qu'à son avis ça n'assurerait pas « une meilleure protection de la vie humaine » et que ce serait « à d'autres forums » d'en juger...)

La définition d'un assassin, comme le COBP l'avait rappelé au sujet de l'agent Dominic Chartier du SPVM en réponse à une tentative de censure de la part de la Fraternité des Policiers et Policières de Montréal, c'est: « l'artisan de la mort de quelqu'un ».(2) Donc, si la preuve confirme si besoin était que Fredy Villanueva n'était pas un « voyou » (ce qui n'aurait par ailleurs nullement justifé sa mort), elle ne permet pas selon nous d'affirmer comme le fait le coroner Perreault que Lapointe n'est pas un assassin.

2) À cause de leurs guns et de leur formation, les policiers tirent systématiquement trop.

Deux des recommandations du coroner Perreault prouvent que la police au Québec tire systématiquement des balles inutilement, donc illégalement, vu que la loi permet juste aux flics d'utiliser la « force nécessaire ». En effet, le coroner recommande entre autres au Ministère de la Sécurité publique du Québec (MSP) « expose une position claire » (on est loin ici de remettre en question cette pratique meurtrière!) sur « la pratique et l’enseignement controversés aux policiers patrouilleurs de toujours viser les « centres masses » jusqu’à ce que la menace cesse, sachant que cela conduit à ce que, presque systématiquement, des balles sont tirées inutilement ». Il recommande aussi au MSP de s'assurer « que les corps de police ne munissent pas leurs policiers patrouilleurs d’armes à feu dont la séquence de tir après le premier tir est si rapide que, comme le démontrent les études récentes et des expériences, 3 à 8 balles peuvent être systématiquement tirées en 1 seconde ou 1,5 seconde après que la menace a cessé et avant que le policier le réalise. »(p. 132)

Si on lit bien ces deux recommandation, on comprend que à cause de la formation donné à l'Institut de police de Nicolet, les policiers du Québec tirent « presque systématiquement » des balles inutilement, et que à cause de leurs armes à feu, ceux-ci tirent « systématiquement » de trois à huit balles « après que la menace a cessé », donc sans aucune justification légale!

3) Le SPVM a déjà annoncé qu'il s'en crissait des deux premières leçons de cette affaire.

Des belles recommandations comme les 22 contenues dans le rapport du coroner Perreault, c'est bien beau, mais encore faut-il que les autorités aient la volonté de les appliquer. Le SPVM démontre tout le contraire à travers la bouche de son chef Marc Parent qui a déjà annoncé à peine quelques jours après la publication du rapport qu'ils n'avaient pas l'intention de remettre en question leurs fameux guns qui tirent trop vite. En effet, Parent aurait affirmé à Radio-Canada que le pistolet 9 millimètres semi-automatiques à double action allégée utilisé par le SPVM était « relativement dernier cri ».(3)

Il est bon de noter aussi, comme le fait le coroner à la page 102 de son rapport, que ces guns contiennent 16 balles. Celles-ci sont des « projectiles chemisés à bouts creux », conçus pour causer « plus de dommages au contact d'un corps humain, parce qu'ils ont pour effet d'ouvrir l'objet dur qu'ils frappent. » L'aspect « double action » signifie que les flics n'ont qu'à appuyer sur la gachette pour tirer (sans avoir à faire un autre geste pour « chambrer la prochaine cartouche »), et l'aspect « allégée » veut dire « qu'une force moins grande que d'ordinaire est requise sur la détente » (soit 4,1Kg de poids sur la détente). Le coroner ajoute que cette arme correspond à la définition d'arme prohibée dans le Code Criminel du Canada, parce que son canon ne dépasse pas 105mm et qu'il contient plus de 10 cartouches.

En un mot, ça veut dire que non seulement certains flics sont « vites sur la gachette », mais que en plus leur gachette est elle-même « plus vite que son flic », donc que leurs guns vont continuer à tirer même après que leur jugement (duquel on devrait se méfier) leur ait dit d'arrêter de tirer, que les balles qu'ils nous tirent dessus sont faites pour causer le plus de dommages possibles et qu'en plus on leur enseigne de viser nos organes vitaux! D'habitude les porte-parole de la police et de Nicolet prennent bien soin de dire qu'ils tirent juste « pour arrêter la menace » et pas pour tuer, mais c'est bien ce qu'a avoué un « expert » policier en entrevue au Journal de Montréal qui a déjà enseigné à l'école de police de Nicolet, Richard Dupuis: « Quand on tire, c'est pour éliminer la menace disons, mais en fait c'est pour tuer... tirer au niveau des parties vitales. »(4)

Le fait que le SPVM se foutte bien de cette recommandation du coroner ne devrait pas nous étonner, quand on sait que l'assassin Lapointe avait déjà été promu à la Brigade Urbaine, puis au SWAT team de la police de Montréal bien avant la fin de l'enquête publique. Devrait-on s'en étonner quand on sait que l'assassin Dominic Chartier, qui a tué Yvon Lafrance par nervosité en 1989 et a été blanchi grâce à une enquête truquée de la SQ, était lui moniteur de tir pour le SPVM en 2004? Non, mais ça devrait nous fâcher et nous faire réagir! Surtout quand on sait aussi que le SPVM est le corps de police qui tire le plus mal au Québec, mais aussi celui qui tire le plus!(5) Et qu'on nous promet qu'ils vont continuer...

4) La police tue et blesse abusivement, systématiquement et impunément des gens!

Nous on le savait déjà, mais là c'est une enquête publique du coroner qui démontre avec des études scientifiques à l'appui que la police tire tout le temps trop, quantitativement et légalement parlant. Ça veut dire que les policiers blessent et tuent presque tout le temps des gens quand ils utilisent leurs armes à feu, même quand la « menace » ou la « peur » qui leur donne la sanction légale de le faire n'existe plus. Ça veut dire que même dans les cas où les policiers seraient vraiment justifiés (au moins légalement) d'utiliser leurs armes à feu, le gun qu'ils utilisent et la formation qu'on leur donne fait qu'ils tirent systématiquement plus de balles que nécessaire!

Mais si ils tirent « plus que nécessaire », ça voudrait dire qu'ils utilisent « une force plus grande que celle nécessaire », donc qu'ils abusent de leur pouvoir et tombent dans l'illégalité. Ça voudrait dire que, normalement, ils devraient être accusés de négligence ou encore d'homicide involontaire? Alors pourquoi sur les plus de 300 personnes tuées ou blessées par la police au Québec depuis 1999, il n'y a eu que 3 cas où des accusations ont été portées contre des agents? Pourquoi est-ce que sur les 88 personnes décédées aux mains de la police de Montréal depuis 1987, il n'y a eu que 4 cas où des accusations ont été portées contre des agents (dont deux cas se sont soldés par des acquittements)? La réponse à cette question tient dans la prochaine leçon...

5) Les enquêtes de la police sur la police sont fondamentalement biaisées en faveur de ceux-ci!

Ça aussi, ça fait longtemps qu'on le sait et qu'on le dit. Mais là, c'est le coroner Perreault, qui insistait pourtant pour dire que ce n'était pas dans son mandat de faire une enquête sur l'enquête, qui liste dans son rapport les « obstacles à la découverte de la vérité » que sont tous les manquements aux mesures qui sont supposées de s'appliquer dans les cas de décès (et de blessures graves) aux mains de la police.

Il cite notamment: la différence énorme de traitement entre les policiers impliqués et les témoins civils; le fait que les policiers du SPVM et de la SQ n'ont respecté à peu près aucune mesure incluse dans la politique ministérielle (des enquêtes soi-disant « indépendantes » de la police sur la police); et le temps qu'ont mis Lapointe et sa partenaire Stéphanie Pilotte pour remettre leurs rapports (Pilotte le signe le 15 août, soit une semaine après la mort de Fredy, Lapointe lui ne l'a remis que le 9 septembre, soit un mois plus tard!).(p. 93)

Contrairement à ce que les policiers sont supposés faire, et conformément à comment ils agissent généralement quand ils tuent des gens (ce qu'ont confirmé le superviseur du SPVM et l'enquêteur de la SQ), les policiers impliqués n'ont pas été isolés, ni interrogés par les enquêteurs, par contre ils ont pu rencontrer leur représentant syndical. Les policiers à qui ils ont parlé ont fait semblant de ne pas savoir qui avait tiré ni pourquoi. De leur côté, les témoins civils ont été isolés, certains ont même été mis en état d'arrestation pour rien (Denis Meas a été accusé d'une agression armée qui n'a jamais eu lieu!), et ils ont été interrogés par les enquêteurs de la SQ alors qu'ils étaient encore sous le choc, voire hospitalisés et sous médication!

Ajoutons à cela le fait qu'aucun ticket n'a été remis ni aucune accusation portée contre les jeunes, ce qui les empêche de pouvoir demander la divulgation de la preuve. Et le fait que la procédure pour récupérer l'arme et l'étui des flics impliqués n'a pas été respectée. Et il reste encore deux-trois critiques que le coroner fait sur l'enquête policière, tout en ajoutant: « En réponse à l'argument de la Ville de Montréal que le droit des policiers au silence est un droit fondamental en droit criminel, je souligne que la remise d'un rapport administratif n'a rien à voir avec le droit constitutionnel au silence, non plus qu'au droit constitutionnel à l'assistance d'un avocat. » Pan dans les dents!(p. 123)

Le coroner Perreault est conscient qu'il n'est pas le premier à dénoncer ces enquêtes bidons de la police sur la police. Il cite d'ailleurs le rapport de la Commission Poitras sur les enquêtes à la SQ qui disait en 1998 qu'il fallait mettre en place un « système de contrôle permettant d'assurer la conformité des pratiques au Guide de pratiques policières » et « que soient adoptées des mesures susceptibles de faire que le même traitement équitable soit accordé aux témoins civils et policiers impliqués dans le décès d'une personne. »(p. 124) Faut-il s'étonner que 15 ans plus tard, ces recommandations sont malheureusement toujours d'actualité? Non car le gouvernement protège la police, et vice-versa...

6) Les enquêtes du coroner ne valent pas mieux que les enquêtes bidons de la police sur la police!

Ça aussi, on s'en doutait déjà. On l'a vu de nos yeux vus avec l'enquête publique bidon de la coroner Catherine Rudel-Tessier sur la mort de Mohamed Anas Bennis, enquête qui s'est déroulée en l'absence de la famille Bennis qui avait pourtant lutté durant 5 années pour avoir des réponses à ses questions, parce que le ministre de la Sécurité publique du Québec a refusé de lui payer ses frais d'avocats pour l'enquête et que la coroner Rudel-Tessier a préféré faire son enquête sans la famille que d'attendre, comme l'avait fait le coroner Sansfaçon dans l'affaire Villanueva. Inutile de dire que cette enquête n'a fait que répéter les conclusions de l'enquête bidon menée par le Service de Police de la Ville de Québec, vu qu'il n'y a que la police qui a participé à cette enquête!(6)

Et aussi dans l'enquête publique de la coroner Andrée Kronström sur la mort de Michel Berniquez, dont la tenue même avait été contestée jusqu'en Cour Suprême du Canada par la Ville de Montréal et la Fraternité des Policiers et Policières de Montréal. Celle-ci avait affirmé avant même le début de son enquête que la mort de Berniquez, battu par six agents du SPVM en 2003 à Montréal-Nord, n'avait rien à voir avec la brutalité policière! Elle a évidemment refusé de blâmer les policiers et leurs coups pour la mort de Berniquez, tout en faisant quelques recommandations pour mieux intervenir auprès des personnes en crise.(7) Ce qui n'a pas empêché le SPVM de tuer Donald Ménard, Isidore Havis et Robert Hénault en 2013, Farshad Mohammadi et Jean-François Nadreau en 2012, Mario Hamel en 2011, etc. etc. etc.

Mais pour revenir à notre enquête publique, dans ce cas-ci au moins le coroner Perreault avoue candidement dans son rapport que vu que l'enquête menée par la SQ sur la mort de Fredy Villanueva était tellement bâclée et biaisée, « il se peut fort bien que certaines de mes conclusions soient teintées par cette iniquité... au détriment des participants civils. » Il ajoute qu'il « comprends bien leur scepticisme... à l'endroit du processus de recherche de la vérité » et de son rapport!(p. 122-123)

Un aveu assez rare de partialité de la part d'un coroner, sans doute parce qu'il est juste coroner « ad hoc » ou à temps partiel (André Perreault est en fait juge en chef adjoint de la Cour du Québec à temps plein). Et qui nous rappelle l'aveu d'un autre coroner, Roch Héroux, qui a déclaré en blanchissant l'agent Gérard Clément qui avait tué le jeune Orazio Passinato, 18 ans, le 26 octobre 1976 à Montréal: « Le jour où je tiendrai un policier criminellement responsable selon les faits, il faudra que je m'en aille... »(8) Depuis 1986, les coroners ne peuvent plus se prononcer sur la responsabilité criminelle des policiers, bien qu'ils n'aient fait que les blanchir avant cette date. De nos jours, la loi ne leur permet plus de le faire, juste de rechercher « la vérité » et de faire des recommandations « pour une meilleure protection de la vie humaine ». Mais il reste que leurs rapports sont rarement moins biaisés en faveur de la police que les rapports d'enquête de la police sur la police...

7) On est rendus à enseigner à l'école secondaire de se soumettre aux flics sous peine de mort!

Parmi les surprises contenues dans le rapport du coroner Perreault, il y a ses recommandations au Ministère de l'Éducation comme quoi il faudrait enseigner aux jeunes, « dès le début du secondaire », « la façon adéquate de se comporter avec un policier » lors d'une interpellation de soi ou d'une autre personne. Il ajoute qu'il faudrait « insister » sur « les risques d'intervenir et sur la perception que les policiers peuvent avoir d'une telle intervention ». Et il faudrait aussi enseigner les « conséquences » de refuser de s'identifier quand un flic nous en fait la demande, en plus de comment contester un ticket...(p. 134)

En d'autres mots, on devrait inculquer aux jeunes, dès l'âge de 11 ans, le respect des flics par la peur. On devrait leur dire: « Quand un flic t'interpelle, obéi (même s'il n'a pas de raison légale de le faire). » On devrait aussi leur faire apprendre par cœur: « Si un flic bat ton frère sous tes yeux, n'interviens surtout pas car sinon il va avoir peur de toi et il va te tuer comme il a fait à Fredy. » Enfin, il faudra qu'ils apprennent bien que si ils refusent de s'identifier (encore une fois, même si le flic n'a pas de motif légal de le faire), ils risquent de se faire arrêter, voire battre et tuer. Car comme le coroner l'explique dans sa conclusion: « On doit comprendre que la force raisonnable n'est pas un concept par lequel les policiers doivent donner une chance égale à leur agresseur. Ils sont fondés à s'assurer d'avoir le dessus dans une confrontation. »(p. 129)

On comprend que ces recommandations découlent du fait que le refus de Dany Villanueva de s'identifier, le fait que Dany ait protesté et résisté à son arrestation, que son frère et ses amis se soient approchés de Lapointe alors qu'il étranglait Dany au sol ont contribué à l'escalade de la violence qui s'est terminée par les coups de feu fatals tirés par Lapointe. Ceci n'enlève rien au fait que l'agent Lapointe a commis plusieurs erreurs lors de son intervention et qu'il est le seul responable de la mort de Fredy, quoi que le Directeur des Poursuites Criminelles et Pénales en pense. Bien-sûr la police, avec ses abus, sa brutalité et son impunité, est dangereuse. Le COBP l'explique d'ailleurs régulièrement à des jeunes et moins jeunes lors de nos ateliers d'information sur les droits et recours face aux flics. Mais est-on vraiment rendus à devoir terroriser nos jeunes pour ne pas qu'ils finissent comme Fredy?

8) On a le droit de résister à une arrestation illégale (et de contester un ticket)... si on survit?

On pourrait répondre qu'il faudrait expliquer aux flics que leur « force raisonnable » devrait aussi être « proportionnelle » à celle utilisée par leurs opposants, et que donc il n'y a rien de « raisonnable » à tirer avec des balles réelles sur des personnes qui ne sont aucunement armées ou encore armées de couteaux. C'est d'ailleurs ce que propose Stéphane Berthomet, ancien flic français, dans son récent livre « Enquête sur la police ». Il demande justement si, comme société, on devrait privilégier « une prise de risque calculée de la part de professionnels entraînés ou une réponse systématiquement disproportionnée au détriment du citoyen? »(9) Mais il ne faut pas se faire d'illusions là-dessus, comme l'a dit le coroner qui a enquêté sur la mort de Mario Hamel et Patrick Limoges: « Il n'est pas question d'envisager de demander aux policiers de recourir à des méthodes qui mettraient leur sécurité ou leur vie en danger. »(10)

Donc, si on ne peut pas se fier aux flics pour respecter leurs lois et nos droits, il ne reste qu'à nous-même de décider comment le faire. Légalement, on a le droit de s'opposer à une arrestation illégale. En effet, si la loi permet aux flics d'utiliser une force (autre mot pour violence) mortelle, il faut qu'ils le fassent « dans l'exercice de leurs fonctions », c'est-à-dire qu'ils aient un motif légal pour faire ce qu'ils veulent (que ce soit nous donner un ticket pour une niaiserie, nous battre pour nous « maîtriser », nous amener au poste, nous tirer dessus, etc.). Quand ils n'ont pas de motif légal pour le faire, ils n'ont plus le droit d'utiliser de la force. En fait, ils ne sont même plus des flics! Exemple: ils veulent ton identité mais t'as rien fait de mal (comme pour Dany Villanueva le 9 août 2008), bin ils n'ont pas le droit et tu as le droit de leur résister (y compris physiquement). Autre exemple: les flics rentrent chez vous sans mandat, bin tu as le droit de les chasser comme des intrus qu'ils sont, voire même de les tuer (comme pour Basil Parasiris qui a été acquitté du meurtre d'un flic de Laval car il a réussi à plaider la légitime défense).

Notez bien que nous ne conseillons pas à personne de s'opposer à une arrestation, même illégale, ni à une intrusion à domicile sans mandat, et encore moins de tuer des flics. Nous disons juste que légalement, sur papier du moins, on a le droit de résister à une arrestation illégale. Sauf que concrètement, qui qui décide si une arrestation était légale ou non? M. le juge! Donc, il importe avant tout de survivre à la situation pour pouvoir plaider devant le juge, comme l'a fait Basil Parasiris avec succès, qu'on avait raison de s'opposer aux flics qui agissent dans l'illégalité. Comme quoi, y en aura pas de facile...

9) Le profilage racial est un fait, et c'est un fait qui fait chier!

Un des problèmes avec cette idée qu'il faut toujours respecter l'autorité des policiers, c'est que les policiers eux ne respectent pas toujours l'autorité de la loi! Dans certains quartiers et face à certains « clients », on peut même dire qu'il est rare qu'ils respectent les lois ou les personnes. C'est le cas face aux personnes marginales, comme les sans-abri dans le centre-ville par exemple, qui sont la cible de profilage social et écopent de milliers de tickets ridicules alors que leur « crime » est avant tout de ne pas avoir d'argent! C'est aussi souvent le cas de personnes de couleur, qui appartiennent aux dites « minorités visibles », et qui sont elles aussi ciblées par le profilage racial, soit le fait de se faire harceler et surveiller plus que les autres juste à cause de la couleur de leur peau.

Les autorités ont longtemps nié l'existence du profilage social et racial, même quand les études commandées à leurs propres experts en démontraient l'existence! Ainsi, l'avocat de la Ville de Montréal lors de l'enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva, Me Pierre-Yves Boisvert, a osé affirmer avec son air hypocrite et arrogant que la mort de Fredy avait autant rapport avec le profilage qu'avec « le sens des rues ou la couleur des murs »... Ce à quoi le coroner réplique dans une de ses recommandations: « Le coroner n’estime pas, comme la Ville de Montréal l’a argumenté devant lui, que cela échappe à son mandat de coroner puisque la problématique semble telle qu’une intervention policière anodine peut se transformer en situation à haut risque de perte de vies humaines. »(p. 132) Re-pan dans les dents!!

En effet, une étude du SPVM rendue publique dans le cadre de cette enquête, dont la Ville et la Fraternité voulaient empêcher la divulgation, démontre que les personnes de couleur étaient interpelées beaucoup plus souvent que les autres à Montréal-Nord. De plus, cette étude montrait que dans la plupart des cas, ces interpellations ne donnaient lieu à aucune contravention ni ne permettaient d'identifier des membres des fameuses gangs de rue.

Ce contexte de profilage racial, de harcèlement policier et de contrôles injustifiés peut expliquer la réaction de Dany Villanueva à son interpellation par l'agent Lapointe, ainsi que la réaction de son frère et de ses amis à cette intervention policière et même l'émeute qui embrasa le quartier le lendemain de la mort de Fredy. En effet, d'après les mots de Mathieu Charest du SPVM (que le SPVM voulait étouffer): « On doit comprendre qu'avec l'élargissement de ce bassin de mécontents, augmentent également les chances que les interpellations fassent l'objet de résistance de la part des jeunes et tournent mal. »(cité à la page 100 du rapport du coroner Perreault)

Ce rapport rejoint aussi la conclusion du rapport de Martin Courcy, lui aussi mandaté par le SPVM pour comprendre les relations entre les jeunes et la police à Montréal-Nord et éviter une autre émeute, qui affirme: « Il n'est pas surprenant qu'il y ait eu une émeute à Montréal-Nord. La mort de Villanueva a été le prétexte. (…) L'approche éclipse à Montréal-Nord ne mène nulle part, sinon au bord du gouffre. »(p. 98)

Le coroner Perreault affirme que l'intervention de Lapointe et Pilotte auprès des jeunes qui jouaient aux dés dans le stationnement de Montréal-Nord donnait plus « l'impression » de répondre aux caractéristiques du profilage criminel, tout en ajoutant que s'ils ont fait du profilage racial, ce n'était pas « autrement qu'en répondant à des attentes organisationnelles » (autrement dit, c'est parce que le SPVM leur demandait d'en faire!). Il reconnaît pourtant que celle-ci « ressemble toutefois assez bien, au premier abord, à la catégorie, identifiée par monsieur Charest, d'interventions organisationnelles de contrôle d'identité visant des jeunes de communautés visibles de Montréal-Nord ».(p. 100)

Face à cette réalité, faut-il vraiment juste demander aux jeunes de se laisser écoeurer par les flics en disant poliment merci avant d'aller contester ses dizaines de tickets abusifs en Cour Municipale? Surtout quand on sait que l'accès à la justice est pas mal plus facile pour les gens qui ont de l'argent...

10) La police est humaine, elle peut faire des erreurs, mêmes fatales... pour nous.

Bruno Poulin, expert en « emploi de la force » (autre mot pour brutalité policière...) de l'école de police de Nicolet, a témoigné lors de l'enquête publique et a souligné des erreurs commises par l'agent Lapointe et sa partenaire Pilotte. D'abord, ils n'ont pas indiqué leur position par radio avant de descendre de leur char, ni le fait qu'ils intervenaient pour un règlement municipal auprès de jeunes dont certains avaient été reconnus comme membres de gangs de rue. L'agente Pilotte n'a pas non plus annulé l'appel qu'elle venait d'accepter pour une plainte de bruit. (Poulin affirme même que « le vouvoiement est une valeur fondamentale à l'ENPQ » et qu'il aurait pu donner une « saveur différente » à l'intervention, même si parfois il serait « impraticable »...)

Leur deuxième erreur est de ne pas avoir appelé du renfort dès que Dany Villanueva a commencé à protester contre son interpellation, une question où la discrétion accordée aux flics pourrait être mieux encadrée d'après lui. Quand les flics ont perdu le contrôle des bras de Dany, c'est parce qu'ils ont mal appliqué la technique du contrôle articulaire ou encore parce qu'ils ont mal évalué la « vigueur » avec laquelle il allait se débattre. Selon Poulin, l'agente Pilotte aurait dû menacer les autres jeunes avec son poivre de cayenne ou sa matraque télescopique (bien que l'usage de celle-ci est de force très élevée et « donne aussi une apparence de violence beaucoup plus importante »...) tout en appelant du renfort, plutôt que de se pitcher à terre à son tour pour tenter sans succès de contrôler les jambes de Dany.

Poulin dit aussi que Lapointe aurait pu reculer et sortir son poivre de cayenne au lieu de pogner le bras de Dany quand celui-ci est venu vers lui comme il l'avait demandé, et encore au lieu de se pitcher à terre en le pognant par le cou (en plus il aurait dû le pitcher sur le ventre pour le menotter et non sur le dos comme il l'a fait). Lapointe aurait aussi pu lâcher Dany et se relever pour ne pas être vulnérable face aux autres qui s'approchaient, plutôt que de rester à terre à s'acharner à vouloir le « maîtriser ».

Sauf qu'il ne l'a pas fait, probablement entre autres parce que comme le dit Poulin « il y a une certaine réticence policière à concevoir que, lors d'une intervention, les circonstances peuvent faire qu'il soit préférable de se désengager. » Donc, plutôt que d'admettre son erreur et se replier pour la sécurité de tout le monde, on préfère s'acharner et foncer tête baissée jusqu'au bout. Car de toutes façons, comme on sait, les risques ne sont pas partagés de manière égale et les policiers ont toujours raison...

Finalement, Poulin réussit à affirmer que Lapointe a utilisé son arme à feu « en conformité avec ce qui est enseigné à Nicolet », tout en reconnaissant que quand ils ont reçu une balle à l'épaule et au dos, Denis Meas et Jeffrey Sagor-Métellus ne représentaient pas ou plus une menace pour lui!(p. 108-113)

Comme quoi, on sait que les policiers sont des humains, que l'erreur est humaine, et qu'ils ne se lèvent jamais le matin en se disant « Aujourd'hui, j'ai hâte de tuer impunément un jeune qui n'est même pas armé tout en étranglant son frère! » Sauf qu'on en a marre que les victimes de leurs « erreurs » ce soit toujours nous, des civils, et plus souvent qu'autrement des personnes de couleur et/ou pauvres et/ou en crise. Et qu'ils ne soient jamais punis pour leurs crimes, alors que nous on doit payer cher pour jouer aux dés dans un parc, rouler à vélo ou en voiture, ou encore juste pour vivre dans cette société où quand la police nous tue elle a bien fait son travail, mais quand on proteste et on exprime notre colère c'est encore nous qui passons pour les méchants, les criminels et les dangereux.

Justice pour la famille Villanueva et toutes les autres victimes d'abus policiers impunis!
Renvoyez Lapointe et les autres flics à la gachette facile!
Désarmons la police avant qu'elle ne nous abatte!

Collectif Opposé à la Brutalité Policière (COBP) – www.cobp.resist.ca

Notes:

Le rapport d'enquête d'André Perreault sur la mort de Fredy Villanueva est disponible au complet ici:
http://www.coroner.gouv.qc.ca/fileadmin/documents/rapports_mediatises/Ra....

1) Bryan Miles, « Affaire Villanueva - Le rapport du coroner apaise un peu la famille », Le Devoir, 18 décembre 2013, http://www.ledevoir.com/societe/justice/395493/le-rapport-du-coroner-apa...
2) « Le COBP réplique au syndicat des flics suite à la censure de sa brochure sur 40 bavures », communiqué du COBP, 6 septembre 2007, http://cobp.resist.ca/node/14
3) « Mort de Fredy Villanueva : le SPVM fait amende honorable à la suite du rapport du coroner », Radio-Canada, 17 décembre 2013, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2013/12/17/009-villanueva-r...
4) « Affaire Fredy Villanueva: la police n'est pas blâmée », 17 décembre 2013, http://fr.canoe.ca/infos/societe/archives/2013/12/20131217-051719.html
5) « Décès de Hamel et Limoges : Le plus on en sait, le plus on a besoin d’une enquête publique », la CRAP, http://www.lacrap.org/deces-de-hamel-et-limoges-le-plus-on-en-sait-le-pl...
6) « Déclaration de la Coalition à la fin de l'enquête du coroner », Coalition Justice pour Anas, 2 mai 2011, http://cobp.resist.ca/d-claration-de-la-coalition-la-fin-de-lenqu-te-du-...
7) « Affaire Berniquez, 8 ans plus tard: la coroner Kronström blanchit à son tour les flics assassins », COBP, 31 janvier 2013, http://cobp.resist.ca/documentation/affaire-berniquez-8-ans-plus-tard-la...
8) Jean-Claude Bernheim, « Un escadron de la mort au Québec », Accent Grave et La Compagnie à Numéro, 2013, p. 82.
9) Stéphane Berthomet, « Enquête sur la police », VLB Éditeur, 2013, p. 132.
10) « Rapport d'investigation du coroner Jean Brochu sur la mort de Mario Hamel et Patrick Limoges », 25 octobre 2012, p. 7, http://fr.scribd.com/doc/115517298/Rapport-du-coroner-sur-la-mort-de-Mar...

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