Tant qu’il y aura de la misère, il y aura de la colère

Communiqué

Au lendemain de la manifestation à Montréal-Nord visant à dénoncer le meurtre de Jean-Pierre Bony par le SPVM, ce dernier et Anie Samson, responsable de la sécurité publique, ont choisi de prendre la voie de la diffamation.

Sur toutes les tribunes médiatiques, on se questionne sur la provenance des casseurs et des casseuses, on parle de manifestant-e-s ayant infiltré la manifestation pour venir « faire la fête », on pointe du doigt le COBP.
Ces allusions nous choquent pour plusieurs raisons.
Premièrement, parce que le COBP n’a ni le pouvoir ni la volonté d’imposer la façon de vivre et d’exprimer une souffrance et une colère, plus que légitime, vécues par une communauté vivant sous l’oppression du racisme systémique.

Ensuite, parce que l’attention est complètement détournée des problèmes de racisme, de pauvreté, d’exclusion et d’inégalités que ces communautés endurent. Conséquemment, le SPVM ne répond pas de son profilage racial, de l’impunité policière ainsi que de son recours à des armes dangereuses et mal utilisées qui sèment la mort. Se faisant, le tandem Média-Pouvoir politique continue de manipuler l’information et de mépriser la capacité de la communauté de Montréal-Nord d’exprimer par elle-même sa colère face aux injustices sociales qu’elle subit.

Dans une vague de solidarité, le rassemblement du 6 avril 2016, réunissait des individus et des groupes alliés de différents milieux socio-économiques, de différents âges et de différentes origines. Soulignons par exemple la présence de la famille de Brandon Maurice, un adolescent de 17 ans abattu par des policiers de la SQ, qui a fait quatre heures de route en provenance de Maniwaki pour participer à la manifestation ainsi que celle de Lilian Villanueva qui a elle aussi a perdu son fils Fredy, tué par le policier du SPVM le 9 aout 2008. On se rappellera que c’est le lendemain de cette intervention, lors de laquelle deux autres jeunes ont aussi été blessés par des balles de la même arme à feu, qu’une manifestation spontanée s’est transformée en émeute dans les rues de Montréal-Nord.

Les médias auront beau parler d’un début de manifestation calme et pacifique, la colère était présente tant dans les discours que dans les cris de rage exigeant justice. Des gens du quartier, des proches de Jean-Pierre Bony et des manifestant-e-s ont exprimé clairement leur ras-le-bol face à l’impunité policière. Ils et elles ont aussi dénoncé les enquêtes et les recommandations ne menant à aucun changement significatif, comme celles faites par le Coroner André Perreault suite au décès de Fredy Villanueva aux mains du SPVM.

La démonisation de certains groupes ou de certaines actions souvent basés sur une manipulation tordue de l’information est une tactique utilisée depuis longtemps pour diviser et discréditer les mouvements de solidarité, notamment ceux qui dénoncent le meurtre de gens racisé-e-s par les flics, ici comme aux États-Unis.

Ironiquement, les médias cachent très mal leur quête d’images « sensationnelles » et prennent aussi la voie de la manipulation de l’information en occultant ce qui se cache derrière une vitre brisée ou sous la fumée du « feu » de Montréal-Nord.

Si le COBP représente le bouc émissaire de choix pour le SPVM et Anie Samson, nous ne contribuerons pas à détourner l’attention de la douleur et de la colère d’une communauté.

Nous suggérons plutôt aux élu-e-s de tous les paliers de gouvernement d’avoir le courage politique d’entendre le message des gens de Montréal-Nord qui luttent au quotidien pour leur survie et dignité et d’agir en conséquence, notamment en accédant à la demande de Montréal-Nord Républik pour la tenue d’une commission publique sur le racisme systémique au Québec. Par le fait même, nous croyons qu’Anie Samson, représentante du pouvoir politico-policier blanc, devrait adresser des excuses publiques à la famille de Jean-Pierre Bony exécuté par le SPVM.

Le COBP tient à réitérer son engagement de toujours en dénonçant la brutalité et l’impunité policières partout où elle existe et en soutenant les victimes. Nous tenons aussi à saluer les gens de Montréal-Nord qui, ayant pris la rue le 6 avril 2016, ont ainsi écrit une autre page de l’histoire d’une révolte irréversible à Montréal-Nord.

Il n’y aura pas de paix tant qu’il y aura des inégalités et des injustices.

COBP

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