Le coroner en chef ordonne une enquête publique sur la mort d'Alain Magloire (pour mieux nous endormir et blanchir les flics?)

Face au tollé soulevé par la mort de Alain Magloire sous les balles du SPVM, le coroner en chef du Québec, Me Denis Marsolais, ordonne la tenue d'une enquête publique pour "examiner les interventions d'urgence faites auprès de personnes chez qui on soupçonne la présence de problèmes de santé mentale." En plus du cas de Magloire, Marsolais mentionne le fait que "certaines interventions d'urgence dans des lieux publics auprès de personnes souffrant de troubles de santé mentale ont donné lieu à des décès au cours des dernières année" comme raison de décréter une telle enquête.

On peut déjà se demander si cette enquête va aussi inclure des cas qui ne sont pas arrivés "dans des lieux publics", comme la mort de Jean-François Nadreau dans son appartement d'Hochelaga en février 2012 alors qu'il était en crise?

Et aussi, on devrait s'indigner du fait que cette enquête est confiée à nulle autre que la coroner Catherine Rudel-Tessier, la même qui avait mené l'enquête publique bidon sur la mort de Mohamed Anas Bennis en excluant la famille de la victime de son enquête! On voit déjà un biais juste dans le communiqué du Bureau du coroner qui ne mentionne nulle part les mots "police", encore moins "brutalité policière" et "impunité".

On se souvient que l'enquête publique de la coroner Rudel-Tessier s'était déroulée avec les policiers impliqués comme seuls témoins, alors que le père de Anas, qui avait pourtant lutté pendant 6 ans pour avoir cette enquête, est resté dans le couloir du Palais de justice de Laval où se déroulait cette parodie d'enquête publique. Le ministre de la Sécurité publique avait refusé de payer les frais d'avocat de la famille, contrairement à ce qui a été fait pour l'enquête sur Fredy Villanueva. Une plainte a d'ailleurs été déposée contre Rudel-Tessier pour la manière dont elle a mené son enquête, plainte qui a bien-sûr été rejetée (les coroners aussi bénéficient de l'impunité!).

La leçon retenue de cette enquête par la famile Bennis et la Coalition Justice pour Anas, c'est que "on ne peut se fier au Bureau du coroner pour montrer l'injustice d'un système où la police enquête sur la police, ni pour faire la lumière sur ce qui arrive réellement lorsque des citoyenNEs sont tuéEs par la police dans des circonstances nébuleuses."

On se souvient aussi de l'enquête publique sur la mort de Michel Berniquez, décédé en 2003 à Montréal-Nord alors qu'il était en crise et avait été battu par six agents du SPVM. Encore une fois, l'enquête publique, présidée par Me Andrée Kronström, a exclu tout lien avec la brutalité policière et l'impunité. La coroner avait fait des recommandations en décembre 2012, entre autres pour que les policiers soient "mieux formés" pour intervenir dans les cas de "délire agité" (i.e. auprès des personnes en crise). Ce qui n'a pas empêché la mort de Donald Ménard, ni d'Alain Magloire...

Enfin, la dernière enquête publique sur une mort aux mains de la police au Québec est celle sur la mort de Fredy Villanueva, dont le rapport rendu public dernièrement nous rappelle que l'agent Lapointe a mal agi, mais que les policiers ne seront jamais tenus pour responsables de leurs crimes...

Ce n'est pas d'une enquête publique qu'on a besoin (surtout pas présidée par la coroner Rudel-Tessier qui n'a aucune crédibilité suite à l'enquête sur la mort de Anas), celle-ci ne vise qu'à apaiser la grogne populaire et les critiques sur les interventions policières auprès des personnes en crise. Ce qu'il faut, une fois de plus, c'est de changer les méthodes de la police pour qu'ils cessent de tuer des innocents impunément, de mettre fin aux enquêtes de la police sur la police, et de faire en sorte que les flics assassins répondent de leurs actes!

Et venez surtout pas nous dire que la solution pour "aider" les personnes en crise, c'est de doter tous les flics du SPVM de Tasers, une arme de torture qui tue et qui n'est PAS une alternative aux guns!

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