Affaire Villanueva: le SPVM sur la sellette

Cinq ans après la mort de Fredy Villanueva, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et l'un de ses agents, Jean-Loup Lapointe, risquent fort d'être écorchés par le rapport du coroner André Perreault qui sera rendu public aujourd'hui.

Dans ce rapport d'une centaine de pages, le coroner décortique les circonstances de la mort du jeune homme de 18 ans abattu par le policier dans un parc de Montréal-Nord en 2008. M. Perreault, juge en chef adjoint à la Cour du Québec, nommé coroner ad hoc le temps de l'enquête, fait 22 recommandations, dont 7 à l'École nationale de police, selon nos informations.

Tout indique que le SPVM sera critiqué pour ne pas avoir suivi les politiques, tant internes que ministérielles, qui dictent la marche à suivre lors du transfert de l'enquête à un autre corps policier. En effet, des mesures précises doivent être prises en cas de mort d'homme au cours d'une intervention policière.

Ces enquêtes de la police sur la police ont fait l'objet de nombreuses critiques dans le passé. La Ligue des droits et libertés et la Protectrice du citoyen ont déjà déploré le manque de transparence, d'encadrement et d'indépendance de ces enquêtes.

Le rapport du coroner Perreault pourrait leur apporter de l'eau au moulin.

Versions différentes

Le 9 août 2008, l'agent Jean-Loup Lapointe a tiré à quatre reprises vers Fredy Villanueva et ses amis, interceptés lors d'une partie de dés illégale. Au cours de l'intervention qui a duré moins d'une minute, le policier n'a jamais consulté sa coéquipière, Stéphanie Pilotte. Fredy Villanueva, 18 ans, a été tué. Deux de ses amis ont aussi été atteints par balle.

Au premier confrère arrivé en renfort, l'agent Lapointe dira: «C'était pour un R.M. (règlement municipal). On s'est fait encercler. On a été au sol et ça a tiré.» La version transmise aux enquêteurs de la Sûreté du Québec ce soir-là devient: les policiers ont été «encerclés, projetés au sol et étranglés».

Au moment de l'enquête publique, l'agent Lapointe a témoigné qu'il avait craint pour sa vie et celle de sa partenaire. Or, la policière a causé une certaine surprise à cette même enquête en disant qu'elle n'avait pas craint pour sa vie ni même pensé sortir son arme.

Le coroner Perreault semblait très intéressé à l'époque par ce changement de version ainsi que par les deux visions opposées des agents.

Dès que l'agent Lapointe est sorti de la voiture de police, il a mené l'intervention comme s'il était seul, ignorant sa jeune coéquipière pourtant à ses côtés. Rappelons que les deux agents ont été blanchis au terme de l'enquête menée par la Sûreté du Québec (SQ). D'ailleurs, l'agent Lapointe, toujours un employé du SPVM, fait aujourd'hui partie du SWAT.

Un rapport un mois plus tard

Le coroner Perreault a cherché à connaître la façon dont le SPVM avait agi dans les heures et les jours suivant le drame. Ce qui apparaît comme des lacunes aux yeux de certains a été soulevé.

Après leur intervention qui a mal tourné, les agents Pilotte et Lapointe n'ont pas été séparés, contrairement aux autres témoins. Ils se sont rendus ensemble à leur poste de quartier, où ils ont rencontré un délégué syndical. L'agent Lapointe a confié sa version au délégué Robert Boulé en présence de la policière.

La SQ n'a jamais interrogé les deux agents, alors que les jeunes témoins du drame ont été «isolés» les uns des autres, puis questionnés au poste de police dans les heures suivant le drame. L'agente Pilotte a remis un rapport écrit cinq jours après l'événement. L'agent Lapointe, lui, a remis son rapport un mois plus tard.

Le coroner Perreault ne semble pas non plus avoir le choix d'aborder la question de l'arme à feu dans son rapport. L'agent Lapointe a répété qu'il avait eu peur d'être désarmé. L'étui de l'arme à feu portée par le policier est-il sécuritaire? Le coroner pourrait-il recommander de le changer ou, mesure plus draconienne et coûteuse encore, de changer l'arme de service de milliers de policiers? Le SPVM et la Fraternité des policiers de Montréal ont paralysé l'enquête pendant des mois en s'opposant à un débat public sur la question.

Chose certaine, après 106 jours d'audiences échelonnés sur 4 ans et près de 400 pièces déposées, cette enquête publique est l'une des plus longues de l'histoire du Bureau du coroner. Et l'une des plus coûteuses, avec 2,1 millions de dollars dépensés depuis ses débuts, en 2009. C'est sans compter ce que la Ville de Montréal a déboursé dans ce dossier pour représenter ses deux agents.

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