Enquête sur le décès d'Alain Magloire: une question de vie ou de mort

D'une voix parfois chevrotante, l'agent Mathieu Brassard a raconté ce matin, à l'Enquête publique du coroner Luc Malouin, comment il en est venu à faire feu sur le sans-abri Alain Magloire, le 3 février 2014. «J'ai fait feu le plus vite possible, c'était une question de vie ou de mort. J'avais alors la conviction profonde que la vie de mon partenaire est en danger.» Il a tiré à quatre reprises.

Les agents du poste de quartier 21, dans l'arrondissement Ville-Marie, ont l'habitude de recevoir des appels pour des hommes armés d'objets menaçants, a raconté l'agent Brassard, policier d'expérience. Mais quand il a entendu la voix de la policière Jeanne Bruneau qui demandait du renfort sur les ondes radio, il a tout de suite su qu'il ne s'agissait pas d'un appel de routine. «Au ton de sa voix, elle m'apparaît anormalement sous tension, stressée, elle ne semble pas en contrôle de la situation et il y a danger. »

Arrivé sur la scène rue Berri, avec son coéquipier Pascal Joly, Mathieu Brassard a entendu ses collègues crier haut et fort. Armes au poing, ils ordonnaient à Alain Magloire de jeter son marteau. «J'ai vu la colère dans le visage de l'homme.» Brassard a immédiatement dégainé et s'est positionné en retrait pour assurer une couverture. Son collègue a tenté d'asperger le suspect de poivre de Cayenne, sans succès.

Durant ce court épisode, Magloire a brandi son marteau à deux reprises vers les policiers, a raconté le témoin. «Je ne crois pas qu'il avait toute sa tête au moment des faits.» L'agent Brassard a demandé un pistolet à impulsion électrique. Il a du même coup donné sa position, sachant que les indications données plus tôt sur les ondes radio par l'agente Bruneau étaient erronées et que des collègues les cherchaient.

Alors qu'Alain Magloire, son marteau toujours à la main, était encerclé par les quatre policiers, une auto-patrouille conduite par l'agent Côté fonçait sur lui. Après, tout s'est déroulé très vite. L'agent Joly s'est approché du sans-abri pour le maîtriser. Brassard a tenté de le seconder. «J'avais abaissé mon arme, prêt à rengainer pour aider mon partenaire.» Leur stratégie était d'immobiliser le suspect par contention physique, comme le duo l'avait fait plusieurs fois par le passé. Ils travaillent en équipe depuis 2011.

Cependant, la situation s'est rapidement détériorée. L'agent Joly a bel et bien réussi à agripper Alain Magloire, alors sur le capot de la voiture, mais le sans-abri est «retombé les deux pieds au sol, solide». Le policier, lui, a été «débalancé, en position vulnérable». «C'est très clair. Je vois le mouvement du bras en extension complète, marteau bien haut dans les airs. Je vois ses yeux dirigés vers sa cible que je crois être la tête de l'agent Joly», a dit le policier, un brin d'émotion dans la voix.

Tout s'est alors passé en un dixième de seconde, précise-t-il. «J'ai prolongé le bras et j'ai fait feu jusqu'à ce que la menace ait cessé.»

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Rappelons qu'en septembre 2014, le Directeur des poursuites criminelles et pénales a annoncé qu'il ne déposerait aucune accusation criminelle contre le policier Brassard en lien avec le décès d'Alain Magloire.

Père de deux filles, chercheur en biochimie et fils de l'ancien ministre haïtien de la Justice René Magloire, la vie d'Alain Magloire, 41 ans, a basculé au milieu des années 2000. La consommation de drogue, à l'occasion d'une fête, aurait été le déclencheur de troubles de santé mentale. L'homme était itinérant au moment de son décès.

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