lettre d'un étudiant anarchiste a qui veux bien la lire!

La lettre de Gabriel Nadeau-Dubois (disponible ici : http://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/201406/19/01-4777384-lettre-...) m’a encouragé à réfléchir sur les récentes actions des policiers et policières du SPVM. Cette réflexion m’aura poussé à verbaliser un sentiment de malaise face à la vision des forces policières prenant la rue, cet instrument de contestation qui m’est si cher.

Il est probable que la police, si elle continue sa contestation, se voit offrir sa propre loi spéciale, gracieuseté du gouvernement, comme ce fut le cas pour les travailleurs.euses de la construction en 2013, les étudiant.e.s en 2012, les infirmiers.ères en 1999, etc. Les policiers.ères connaîtront donc aussi ce que c’est de subir la répression étatique, à cela près qu’une composante majeure de cette répression est justement ces policiers et policières… Qu’à cela ne tienne, admettons qu’illes risquent tout de même de subir une répression assez forte pour la simple défense de leurs droits. Cela pourra possiblement affecter leur compréhension de nos revendications et de nos critiques. Cela pourra peut-être les pousser à réfléchir sur la façon dont illes nous traitent lors de manifestations.

Le problème est que même si les policiers.ères en viennent à comprendre et même accepter (qui sait?) nos revendications, leur boulot ne changera pas. Leur boulot est d’appliquer les lois décidées par « l’élite » de notre société et cette élite ne comprend pas et n’accepte pas nos revendications. Peut-être que certain.e.s policiers.ères, après avoir subi les foudres de notre gouvernement, décideront de frapper moins fort, de réprimer moins violemment, mais illes n’arrêteront pas de frapper, n’arrêteront de réprimer, parce que c’est leur boulot. Parce que refuser de le faire signifierait la perte de leurs badges, de leur gagne-pain. En ce sens, illes ne pourront faire preuve de solidarité lors de conflits qui ne les impliquent pas directement. La seule forme de « solidarité » qu’il est possible d’observer est lorsque la police réprime moins sévèrement certains mouvements sociaux que d’autres selon la légitimité accordée à ces mouvements (ce qui est tout simplement du profilage politique…).

Il ne s’agit pas ici de dire que la personne se cachant derrière l’uniforme, le gilet pare-balles, la matraque, le bouclier, le poivre de Cayenne, la grenade assourdissante, le fusil, le canon à son, le… (bon vous voyez où je veux en venir), n’est pas capable d’éprouver ce sentiment fort de solidarité envers une personne qui comme elle se bat pour ses droits et pour sa vie. Il s’agit de dire qu’en tant que membre des forces policières, elle ne pourra pas le faire. La police, dans sa nature même, est une négation de la solidarité qui pourrait exister entre les personnes portant le badge et ce que certain.e.s appellent le 99%, la classe travaillante, le prolétariat, bref le peuple.

La solidarité, si elle se veut une arme efficace dans n’importe quel combat, doit être réciproque entre les différentes forces luttant d’un même coté. Plusieurs tentatives de solidarité peuvent être nécessaires avant de créer ce lien fondamental et nécessaire à tout avancement social. Par exemple, même si certain.e.s étudiant.e.s se sont montré.e.s solidaires avec la grève de Renaud Bray ou avec le grève de la construction, je ne m’attends pas à ce que la prochaine grève (générale illimitée je l’espère) étudiante se voit appuyée par un mouvement de grève de soutien de la part des libraires ou des employé.e.s de la construction... Ce genre de lien se travaille et prend du temps à se créer. Par contre, je ne considère pas que ce lien soit possible avec les forces policières. Parce que peu importe l’appui populaire, peu importe l’issue de leur combat, la pareille ne pourra être rendue pour la simple raison que dans tous les autres combats, les policiers.ères sont utilisé.e.s par l’État pour réprimer les contestataires, mater la révolte et donc contribuer à mettre fin au conflit.

Les policiers.ères ne sont pas payé.e.s pour montrer de la solidarité avec les différentes luttes menées par les travailleurs.euses, mais sont payé.e.s pour être les armes des dirigeant.e.s dans les différentes luttes menées par les travailleurs.euses pour leurs conditions de travail et de vie (je ne dis pas ici que c’est le seul rôle de la police, mais que c’est son rôle dans le cadre de conflits sociaux).

Gabriel (tu me permets de t’appeler par ton prénom?), dans ton texte, tu écris que les mêmes causes produisent les mêmes effets. On peut donc comprendre la frustration et la réaction des policiers.ères face aux mesures d’austérité qui les touchent (quoique dans ce cas-ci les policiers.ères n’auront pas à affronter les forces de l’ordre dans les rues en contestant ces dites mesures, alors que les autres travailleurs.euses en lutte seront confronté.e.s aux forces policières). Je ne dis pas que je ne comprends pas cette frustration, je dis que je ne serai pas solidaire avec leur lutte. Je ne serai pas solidaire parce que la solidarité n’est pas possible avec ce « corps de métier ». Parce que la solution aux déficits des régimes de retraite n’est pas dans l’austérité, mais dans la lutte et que cette lutte, comme n’importe laquelle, nous opposera justement aux forces policières. Parce que le « salaire » qui a servi à constituer le fonds de retraite des policiers.ères s’est gagné à coups de poing, de matraque, de gaz lacrymaux, de grenades assourdissantes, de fusils, etc. Parce que ce « salaire » a été gagné à force de dents fracassées, d’yeux crevés, de membres fracturés, de vie enlevées. Parce que ce « salaire honnête » auquel on ne doit pas s’attaquer à cause des erreurs des maîtres a justement été gagné en défendant ces maîtres et en leur laissant commettre autant d’erreurs qu’il leur plaisait de commettre.

Je ne m’oppose pas ici aux demandes des policiers.ères par rapport à leur régime de retraite (ce n’est pas le but de ce texte), mais j’affirme que je ne serai pas solidaire avec leur combat. J’affirme que l’avenir de ma génération, de celles qui m’ont précédé et de celles qui me suivront repose exclusivement sur notre capacité à lutter ensemble et solidairement contre ceux et celles qui nous exploitent et qui nous oppriment. J’affirme que cette lutte passera malheureusement par une confrontation avec les forces policières. J’affirme que la seule possibilité d’exprimer de la solidarité avec ceux et celles qui aujourd’hui portent le badge, est de les voir demain brûler non pas leur casquette, mais bien justement leurs badges

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