Policiers blancs comme neige

J’ai longuement regardé la neige dans le jardin ce matin en pensant à ce petit garçon de cinq ans qui est mort des suites de ses blessures cinq jours après que l’auto de son père ait été frappée sur le chemin de l’école par une voiture conduite par un policier de la SQ.

Le policier, qui ne se rendait pas sur un appel d’urgence, roulait à 122 km/h dans une zone limitée à 50.

Après l’enquête menée par le SPVM, le DPCP a annoncé que le policier ne serait pas mis en accusation.

Au delà du droit et des arguties juridiques, dans l’esprit des gens cela veut dire qu’il n’y a pas de faute et donc pas de sanction pour un homme, un policier, qui roulait à près de trois fois au dessus de la vitesse autorisée.

Un enfant de cinq ans est mort et personne n’en est responsable, ni le policier, ni même son employeur qui devrait pourtant veiller à ce que ses agents respectent le code de la route.

Souvenez-vous de Patrick Limoge, le passant tué par une balle tirée par un policier lors de l’intervention au cours de laquelle Mario Hamel a trouvé lui aussi la mort.

Un passant tué par balle, pas d’accusation.

Pas de faute, pas de sanction.

On pourrait remonter loin comme ça, car sur 416 enquêtes indépendantes menées au Québec entre 1999 et juin 2013 (celles qui conduisent à la mort ou a des blessures graves de citoyens), à la date du mois de septembre 2013 les résultats étaient les suivants :

- 379 n’ont menées à aucune mise en accusation.

- 34 n’ont pas été complétées.

- 3 mises en accusation ont été décidées par le DPCP.

Moins de 1% de l’ensemble des 416 enquêtes de départ.

Au delà des chiffres il y a la souffrance des victimes, l’incompréhension des familles et le sentiment d’avoir affaire à une justice à deux vitesses.

Au delà d’un système qui ose dire ouvertement que personne n’est responsable quand un policier tue un enfant en roulant à 122km/h au lieu de 50km/h, il y a cette idée d’une chaine police/justice dont les maillons se tiennent bien serrés les uns aux autres et peu importe si cela étrangle de temps en temps un citoyen.

Au delà des principes bafoués de la responsabilité et de l’imputabilité de l’administration dans les actes de ses agents, il y a le sang d’un enfant de cinq ans qui a coulé à mort sur le sol enneigé d’un mois de février 2013.

Et il y a un policier désormais blanc comme neige.

PS : La SQ fait savoir qu’elle souhaite se faire communiquer le dossier pour envisager une éventuelle faute déontologique. Sur 2159 dossiers de plaintes auprès du commissaire à la déontologie en 2012-2013, seulement 61 ont été transmises au comité pour jugement (qui peut-être un « acquittement »), soit 2,82% du nombre de plaintes initial.

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