Printemps érable - Une commission d’examen pour tirer des leçons

Samedi soir, le 21 avril 2001. Nous sommes en plein Sommet des Amériques. Mes amis Richard, Vincent et moi sortons d’un restaurant. Il fait noir. Il est 20 h 30. La rue est déserte. Nous sommes à un bon demi-kilomètre de toute manifestation.

Tout à coup on s’aperçoit que des points rouges apparaissent sur nos vêtements. Étonnés, nous nous approchons pour découvrir qu’à l’intersection de la rue suivante, une trentaine de mètres plus loin, se tiennent une cinquantaine de policiers tout de noir vêtus avec leur panoplie anti-émeute !

Estomaqués, nous leur demandons ce qui justifie qu’ils nous pointent ainsi avec leurs armes. Nous sommes trois, dans une rue déserte, eux sont une cinquantaine. Et ils portent même des masques à gaz.

Plutôt que de répondre, un d’eux fait un signe et ils se mettent à nous tirer dessus avec des balles de plastique. J’en reçois trois, dont une à trois centimètres de mes parties intimes. Mon ami Richard est atteint par au moins cinq balles ; Vincent, lui, est atteint par une.

Nous sommes aussi stupéfaits qu’en colère. Nous nous éloignons en courant et certains d’entre eux prennent alors soin d’enlever leurs masques pour nous invectiver en anglais en nous traitant de « fu… frogs »… À Québec ! Furieux, nous nous dirigeons vers les cars de médias. C’est alors que nous découvrons qu’ils sont encerclés par des policiers. Plus loin, par hasard, nous croisons un journaliste de Radio-Canada à qui nous racontons notre histoire.

Le lendemain, il parle de notre cas aux autorités. À la suite de sa question, la réponse « officielle » viendra d’un porte-parole de la SQ. Selon ses dires, nous nous sommes fait tirer dessus parce que nous venions de lancer des cocktails Molotov et nous nous apprêtions à en lancer d’autres ! Le mensonge était énorme : si énorme en fait que nous avons porté plainte en déontologie à la GRC…

Près de deux (!) ans plus tard, nous avons reçu à peu près la réponse suivante : « Nous avons enquêté et regardé les vidéos de l’événement et rien ne nous donne à penser que les policiers aient agi de façon répréhensible. »

Ah ? Ils ont des vidéos ? Ils ont donc des preuves qui démontrent que nous lancions des cocktails Molotov ? Nous avons donc demandé à voir ces vidéos. Ces vidéos, nous n’avons jamais pu y avoir accès. Évidemment, puisque nous n’avons jamais lancé de cocktails Molotov !

La personne qui a affirmé cette énormité à notre sujet était Robert Poëti, porte-parole de la Sûreté du Québec en 2001. Il est aujourd’hui député de Marguerite-Bourgeoys et porte-parole en matière de sécurité publique pour l’opposition officielle. Il est pour le moins étonnant de l’entendre prétendre qu’une commission d’examen ne sera d’aucune crédibilité ou utilité. Je ne prétends aucunement que M. Poëti a menti en 2001, mais en tant que victime d’abus de la part de ces policiers ET de désinformation dans les médias pour salir notre réputation, je ne peux rester silencieux. Cette commission d’examen a très clairement son utilité, et les audiences publiques qui débutent cette semaine le démontrent.

Je suis l’élu qui a organisé le plus de marches, mobilisations et manifestations de tous les élus à l’Assemblée nationale. Or, elles ont TOUJOURS ÉTÉ PACIFIQUES. Pourtant, depuis un an et demi, de nombreux actes de violence ont été perpétrés, de nombreux dérapages ont eu lieu - aussi bien de la part de certains policiers que de certains manifestants. J’ai été de plus témoin de manoeuvres policières de souricières parfaitement condamnables.

Pour avoir côtoyé depuis plus de trente ans des gens du milieu policier et des groupes citoyens, je considère qu’il est essentiel de se pencher sur ces abus pour en tirer des leçons. Ma circonscription est celle qui a le plus souffert de ces événements. J’y ai vu des commerçants (dont certains qui vont témoigner en commission), des étudiants, de simples citoyens, des passants et même des policiers en souffrir.

Maintenant, il est temps d’en tirer des leçons.

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