Tape la galette, les garçons les filles avec

L’État surveille. Il regarde les courriels, les textos, les pages personnelles sur les réseaux sociaux, filtre les appels téléphoniques et paie des agents indicateurs et infiltrateurs afin qu’ils épient les mouvements populaires. Le budget des services secrets canadiens a augmenté de 180% depuis 10 ans[1]. On vient d’ailleurs d’apprendre que la police avait mis sur pied une vaste opération de surveillance lors des contestations entourant le G20 de Toronto en 2010[2]. Le tout sous la gouverne de la très populaire NSA (National Security Agency).
« Mais on s’en tape! », dit « monsieur-madame-tout-le-monde-ordinaire-sans-plomb ».
Pourquoi s’inquiéter de la surveillance si on n’a rien à cacher? L’État est là pour nous protéger, nous et notre propriété, non? C’est même écrit dans la loi, dans la constitution, dans la charte des droits!
Et si c’est écrit, c’est que c’est vrai.
L’État a soumis le droit de manifester au bon vouloir des policiers. Il en est ainsi au Québec comme en Europe [3]. Le 15 novembre dernier, on a vu une manifestation être sommée de circuler sur le trottoir, histoire de ne pas gêner la circulation. La scène, où l’on voit des manifestants encerclés de policiers comme des enfants d’école, a de quoi donner la nausée à tous ceux qui n’ont pas le cerveau totalement discipliné par la servilité [4].
Les policiers ont le pouvoir de mettre fin aux manifestations comme bon leur semble. La loi leur donne désormais ce droit. Et on connait la pleutre sensiblerie de ces poux peureux et protégés. Toutes les raisons sont bonnes pour arrêter les manifestants. L’an dernier, rappelons-le, les forces de l’ordre on déclarée illégale une manifestation pour cause de… neige abondante.
« Mais on s’en tape la galette! », dit « Pierre-Jean-Jacques-Martine-et-Chose ».
Les lois « spéciales » antigrèves et antimanifestations se multiplient sans provoquer aucun grincement de dents. En fait, ce qui dérange le « vrai » monde ordinaire, c’est le trafic qu’occasionnent les manifestations. Pour le reste, les gens comprennent très bien que l’État « doive » intervenir pour « protéger » les citoyens. C’est d’ailleurs ce que leur répètent sans cesse les policiers journalistes, qui font bien peu de cas des critiques adressées aux corps de police par l’ONU, Amnistie internationale ou la Ligue des droits et libertés.
Autrement dit, la cause du pont Champlain est beaucoup plus importante que celle de la liberté de manifester. Mais « Pierre-Jean-Jacques-Martine-et-Chose » se tiennent informés, vous savez. Ils écoutent les tyranneaux à calotte de Radio X et les nouvelles « pops et sexys » de Rouge FM [5]. C’est ainsi qu’ils ont appris le « gros bon sens » du mot liberté. Il ne faudrait pas l’oublier : nous vivons dans une société qui a fait du terme « clique du Plateau » – un concept scientifique développé par Jeff Fillion – un argument.
L’État, donc, arrête des protestataires par milliers, crève des yeux, brutalise et humilie. Il ment, manipule et matraque les libertés. Les policiers, aux ordres du statu quo et avec tout le courage dont ils sont capables, brutalisent impunément ceux et celles qui désirent transformer la société « sans permis ». C’est ce qu’il a fait à Québec (2001), à Montebello (2006), à Toronto (2010) et dans toute la province (2012).
« Mais on s’en tape la galette, les garçons les filles avec! », dit le « mitoyen-citoyen-à-la-bedonnante-pensée-libéralo-péquiste ».
Car qui veut réellement transformer la société ? On ne pleurera pas sur le sort de quelques révolutionnaires (ah! ah!), des communistes (ces mangeurs de bébés!), des féministes (ces lesbiennes frustrées et castratrices!) ou des anarchistes (qui non seulement mangent des bébés, mais lancent leurs carcasses dans les fenêtres des honnêtes commerçants!).
Pleurer, en effet, c’est triste.
Ne sommes-nous pas heureux et satisfaits ? Nous sommes chanceux de vivre dans notre société, une société qui a atteint le zénith de l’histoire. « J’aime la société pis la société m’aime », pour paraphraser la Poune. Ce n’est pas pour rien que cette réduction des libertés fait consensus : nous sommes en amour, en amour avec l’ordre et la sécurité.
Chantons donc avec Piaf : « Peu m’importe, les grands problèèèèmeeeees. Mon amour, puisque tu m’aiiiiiiimes ».
Quoi demander de plus?
Un écran plat afin d’observer en toute impuissance l’ennuyeux spectacle démocratique se dérouler en temps réel sous nos yeux?
Vous avez tout compris.
Allons de ce pas en acheter un! Y’a pas de trafic depuis qu’il n’y a plus de manifestation… Mais tentons quand même d’éviter le pont Champlain. On ne voudrait surtout pas être « pris en otage ».

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