Justice pour Freddy Villanueva, 43ième victime de bavure policière à Montréal en 22 ans!

Samedi le 9 août 2008 vers 19h, un agent du Poste de Quartier 39 a tiré quatre balles qui ont blessé deux jeunes et tué Freddy Villanueva, 18 ans, à Montréal-Nord. Le COBP tient à offrir ses condoléances et sa solidarité à la famille Villanueva qui s'apprête à entamer un difficile parcours qui, nous l'espérons, mènera à la vérité et à une réelle justice. Nous offrons aussi notre solidarité aux gens du quartier et en particulier aux familles des deux jeunes blessés, Denis Meas et Jeffrey Sagor Metelus qui est toujours à l'hôpital.

La mort de Freddy est une nouvelle bavure policière s'inscrivant dans le long parcours de répression, d'abus et de brutalité de la police de Montréal. Ce qui est arrivé est intolérable. La police sait qu'elle a commis une énorme erreur. Ils essaient de camoufler les faits, parlant de vingt jeunes, alors que les témoins affirment qu'ils étaient cinq ou six; ils disent s'être fait attaquer, alors que certains témoins n'ont vu aucune confrontation directe entre les policiers et le groupe de jeunes. Quatre balles ont été tirées sur des jeunes qui n'étaient pas armés et qui réagissaient à une scène de brutalité policière qui se déroulait sous leurs yeux. On ne peut pas s'étonner après cela que les gens n'aient plus confiance en la police et se révoltent.

Comme d'habitude, le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Fraternité des Policiers de Montréal (FPPM), en complicité avec la SQ, feront tout ce qui est en leur pouvoir pour blanchir le policier qui a injustement abattu le cadet de la famille Villanueva. Il est inacceptable que des policiers enquêtent sur des policiers dans des cas aussi sensibles que celui-ci. Les corps de police sont solidaires entre eux, cela n'est pas difficile à prouver. Lors d'une conférence de presse organisée par le COBP en 1996, un ancien enquêteur de la SQ, Gaëtan Rivest, avait affirmé avoir trafiqué une enquête au profit de Dominic Chartier (agent du SPVM qui a tué Yvon Lafrance en 1989), expliquant que ces pratiques sont choses courantes au sein des différents Services de police du Québec. Il n'est donc pas étonnant que les policiers assassins soient systématiquement blanchis par leurs collègues.

Les agents impliqués dans l'événement de samedi soir n'ont toujours pas été interrogés, alors que plus de trente témoins ont été rencontrés. Cette manière de procéder démontre clairement un manque de transparence et d'impartialité dans l'enquête menée par la SQ. Si on se fie aux expériences passées, on peut s'attendre que cette enquête se solde par le blanchiment des policiers impliqués. En effet, l'histoire nous montre des faits, il faut en tirer des leçons. Sur les 43 cas documentés par le COBP, 2 policiers ont été accusés (l'agent Alan Gosset qui a tué Anthony Griffin en 1987 et l'agent Giovanni Stante qui a tué Jean-Pierre Lizotte en 1999) et tous deux ont été acquittés. À part les agents Gosset et Stante, il est arrivé 3 fois que des policiers soient accusés et parfois reconnus coupables suite à une bavure:

- L'agent Markovic qui a tué le jeune Paul Mckinnon, 14 ans, le 25 octobre 1990. Il a écopé de 45 jours de prison en 1995 pour conduite dangereuse ayant causé la mort car il n'a pas démontré de remords envers la famille de la victime, mais il a porté sa cause en appel.

- Suite au tabassage à mort de Richard Barnabé, 38 ans, le 14 décembre 1993, des accusations ont été déposées le 15 janvier 1994 contre des agents. L'un d'entre eux a été acquitté et quatre autres ont été reconnus coupables d'agression causant des lésions le 27 juin 1995: les agents Pierre Bergeron, Louis Samson, André Lapointe et Michel Vadeboncoeur. Ils ont depuis réintégré le SPVM. En 2006, la destitution de Bergeron et Samson est confirmée en appel par le Comité de Déontologie Policière.

- Suite à la mort de Martin Suazo, 23 ans, le 31 mai 1995, le lieutenant Pablo Palacios est accusé au criminel d'entrave à la justice pour avoir camouflé des faits lors de l'enquête policière. Mais le 14 septembre 1995, la décision de ne porter aucune accusation contre l'agent Michel Garneau qui a tiré sur Suazo est annoncée.

Quant à la soi-disant "transparence" de l'enquête de la SQ, il ne faut pas compter là-dessus non plus. Dans l'Affaire Mohamed Anas Bennis, tué le 1er décembre 2005 à Côte-des-Neiges par l'agent Yannick Bernier, le rapport d'enquête n'a toujours pas été rendu public plus de deux ans et demi plus tard.

C'est ainsi que nous avons assisté à l'émeute de dimanche, expression flagrante du ras-le-bol de toute une communauté. Les jeunes et les moins jeunes en ont marre d'être stigmatisés par la police, d'être harcelés sans cesse à cause de leur couleur, leur âge, leur habillement, etc. Les personnes qui ont participé au soulèvement de dimanche n'étaient pas issues des gangs de rues et n'étaient pas non plus des criminels, tel que rapporté par Yvan Delorme, directeur du SPVM. Elles étaient résidentes du quartier ou des environs et vivent quotidiennement la répression policière et la discrimination. Elles ont lancé un cri d'alarme qui doit être entendu.

Le maire Gérald Tremblay de la Ville de Montréal et le directeur du SPVM doivent s'assurer de faire cesser les abus policiers. Au mininum, ils devraient suspendre les policiers impliqués dans la mort de Freddy Villanueva. De son côté, le ministre de la Sécurité Publique Jacques Dupuis doit changer la loi sur la police pour ne plus que ce soient des policiers qui enquêtent sur d'autres policiers. Il faut une enquête publique et indépendante dans les événements de samedi dernier et ce, sans attendre 2 ans et demi comme pour la famille Bennis (l'enquête publique aura lieu en septembre). Enfin, il faut que les policiers soient accusés au criminel pour qu'ils répondent publiquement de leurs actes.

PAS DE PAIX SANS JUSTICE!

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