Pierre Coriolan mort sous les balles du SPVM

Dans la soirée du mardi 27 juin, Pierre Coriolan, un homme en crise, a été abattu par des policiers du SPVM. Le nombre de projectiles, les points d’impacts, la cause du décès : ces informations ne sont pas encore disponibles au moment d’écrire ces lignes.
Les informations fournies aux médias par le BEI (Bureau d’enquête indépendante) nous indiquent:
19h. Appel logé au 911 concernant un homme en train de tout démolir dans son appartement.
19h?? Arrivée des policiers aux HLM de la rue Robillard. L’homme de 58 ans tient un tournevis dans chaque main.
Entre 19h?? et 19h?? Usage du taser gun, usage du pistolet à balles de plastiques, usage de l’arme de service : de multiples projectiles sont tirés.
19h20. Appel des policiers à Urgence santé : l’homme de 58 ans est en arrêt cardiorespiratoire.
Ce que les médias nous martèlent est que: l’homme était armé de deux tournevis, l’homme était menaçant. On nous rapporte ou présente les témoignages de voisin-e-s pour nous communiquer que « c’est une place à problème ».
Ce que les faits rapportés nous indiquent : un homme en situation de précarité, un homme en crise, une intervention de moins de 20 minutes.
Moins de 20 minutes.
Le discours martelé par les médias est que cet homme était une menace à neutraliser. Ce qu’on nous martèle c’est que les policiers et policières sont formé-e-s pour utiliser un continuum de force et que dans ce contexte, les deux policiers n’avaient pas le choix de recourir à la force.
L’intervention en situation de crise n’est vraiment pas l’apanage de la police. Dans leur quotidien, plusieurs intervenant-e-s doivent faire face à des personnes en crise présentant différents degrés d’agressivité. Ce qu’ils et elles vous diraient : IL FAUT PRENDRE SON TEMPS. Il faut prendre son temps pour évaluer la situation, il faut prendre son temps pour approcher la personne, il faut adopter une attitude calme et ferme dans le but de diminuer la tension. Parfois la contention physique est nécessaire. Pas tout le temps.
La formation Oméga, offerte dans plusieurs milieux publics et communautaires, met l’emphase sur deux éléments très importants lors de l’intervention en situation de crise:
« La très grande majorité des blessures subies par le personnel dans des situations de violence se produisent lors d’une tentative de contact avec la personne agressive initiée par le travailleur lui-même : soin, approche physique trop rapide, proximité, contrôle manuel, escorte, mise en isolement ou sous contention. »
« Ne prenez pas le risque d'une intervention physique quand la violence de l’individu est dirigée seulement contre du matériel ou qu’il vandalise des équipements. À ce moment, il importe de vous protéger et de protéger les autres personnes présentes. Si c’est possible, utile et sécuritaire, empêchez la personne agressive d’avoir accès à plus de matériel à détruire en enlevant des objets ou en fermant des portes. »
(Les grandes lignes de la formation se trouvent ici : http://asstsas.qc.ca/sites/default/files/publications/documents/Fiches/F...)
L’idée ici n’est bien entendu pas de banaliser l’intervention en situation de crise. L’idée est de mettre de l’avant le fait que c’est la réalité quotidienne de plusieurs intervenant-e-s non-armé-e-s. L’idée est de mettre de l’avant l’importance de cesser les amalgames entre dangerosité et santé mentale et de faire preuve d’empathie et d’ouverture. L’idée est de garder en tête que oui, il y a un potentiel de dangerosité, et pour la personne en crise et pour les personnes qui interviennent, mais que cette personne n’arrive plus à se contenir, qu’elle ne partage peut-être plus notre réalité, que c’est une personne en détresse, que c’est une personne qui souffre. L’idée est de dire que peu importe la formation, lorsque l’intervention se fait avec un objectif d’arrestation et que l’absence de collaboration est comprise comme de la résistance ou un déni de l’autorité, la visée de l’intervention demeure la répression de comportements indésirables.
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Dans plusieurs mois, un rapport du coroner fera probablement état de recommandations. Recommandations déjà émises dans des rapports précédents.
Parlant de recommandations, la semaine dernière, la Commission sur le développement social et la diversité montréalaise et la Commission de la sécurité publique tenaient des audiences sur la Lutte au profilage social et racial. Plusieurs groupes ont présenté mémoires et recommandations, ont entre autre soulevé les problèmes de stigmatisation, de racisme systémique, de condescendance et d’abus de la part des policiers et policières. Constats : plusieurs membres des commissions ont candidement fait l’étalage de leurs préjugés et de leurs incompréhensions de la réalité des itinérant-e-s, des travailleurs et travailleuses du sexe, des personnes racisé-e-s, des consommateurs et consommatrices de drogues. Autre constat : Anie Samson, présidente de la Commission de la sécurité publique se montre incapable de faire preuve d’objectivité lorsqu’il est question de critiquer les interventions policières. Elle se montre ouvertement irritée, implore la nuance et la compréhension, se porte à la défense du SPVM.
La participation à cet exercice et la lutte pour faire valoir les droits et protéger les populations dites marginales et qu’on marginalise sont louables. Ceci dit, nous pouvons fortement douter de la réelle volonté politique à s’attaquer aux problèmes de nettoyage social, de profilage et de violence policière.
Permettez-nous de vous raconter la petite histoire d’un organisme dont nous tairons le nom. Cet organisme a eu très peur d’être associé au COBP et nous a ouvertement demandé d’éviter, dans la mesure du possible, toute action qui pourrait amener la police à croire que l’organisme critique la police. La justification de la demande : « ça fait des années qu’on pousse et qu’on fait des demandes pour former les policiers et policières à intervenir en situation de crise, on voit tellement d’interventions et de comportements vraiment problématiques, on a enfin une mini-ouverture et on ne veut pas la perdre ».
Permettez-nous aussi de nous citer nous-même : « Pensons à ces personnes dites « en crise », en état de grande détresse psychologique, à qui l’aide apportée prend la forme de flics agressifs et agressives pour qui désamorcer une crise rime avec cris, menaces, matraque, taser, gun… Parce qu’on déchire le filet social à grands coups de coupures et qu’on dépense sans compter pour armer les flics qui ramasseront brutalement celles et ceux qui glissent dans les craques. »
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Rassurons-nous, le BEI fera la lumière sur cette intervention.
Le BEI fête d’ailleurs son premier anniversaire et envoyait hier un communiqué de presse pour présenter son bilan « fort » positif : 62 enquêtes dont aucune n’a mené à des accusations. Il est question de 49 enquêtes indépendantes dont 42 sont encore en cours. À 41 occasions, le BEI a fait appel soit à la SQ (27 fois) soit au SPVM (14 fois). Pour seulement deux événements, aucun corps de police de soutien n’a contribué à l’enquête. (voir : https://www.bei.gouv.qc.ca/actualites/detail/une-premiere-annee-dactivit...)
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Pierre Coriolan aura vécu la violence. Celle de la précarité, du racisme systémique, de la détresse psychologique.
Nos sincères sympathies aux proches de Pierre Coriolan.
Pas de justice pas de paix.
Le COBP
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Une vigile à la mémoire de Pierre Coriolan organisée par Montréal Noir, Black lives matter-Montréal et Hoodstock aura lieu dimanche le 2 juillet :
https://www.facebook.com/events/1820933608235501/?acontext=%7B%22ref%22%...

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