Désarmer les patrouilles policières

Nombreux sont les groupes qui souhaitent voir le SPVM amorcer ce qui se fait déjà en Grande-Bretagne et en Norvège

Et si la police, celle que l’on croise tous les jours, n’avait pas d’arme sur elle ? Que se passerait-il ?

Et si, dans un moment de détresse psychosociale, des intervenants s’occupaient de la personne en crise à la place de la police ? Comment se porterait la population ?

En regard de l’intervention policière qui a causé la mort de Pierre Coriolan le 27 juin dernier, ces questions méritent d’être posées. Rappelons-le, l’intervention policière auprès de Pierre Coriolan a duré moins de 30 minutes, se soldant par le tir de plusieurs balles qui l’ont tué.

Il s’agit de la vingt-troisième personne tuée par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) en 10 ans, de la septième en deux ans (Collectif opposé à la brutalité policière, 2017). Parmi les victimes, certains profils se recoupent : personnes avec des problèmes de santé psychologique, sans domicile fixe ou encore racisées.

Pas de formation substantielle

En se référant à différentes lois et réglementations comme le Code criminel, la police a pour mandat de veiller au respect de ces dernières par la population. Pour ce faire, plusieurs stratégies sont à leur disposition : nommons la prévention, l’information et les fameuses contraventions.

Désarmer les patrouilles policières se fait dans l’objectif de favoriser les autres moyens que la police a pour faire respecter des réglementations, plutôt que d’employer la force et plus particulièrement des armes mortelles.

On en parle fréquemment comme une démilitarisation de la police (Wood, 2014), en référence à un mouvement qui se voudrait inverse à celui que l’on connaît actuellement. Les différents corps policiers sont effectivement de plus en plus armés, mais n’ont pas plus de formation obligatoire et substantielle sur des enjeux cruciaux comme la santé psychologique, le racisme systémique ou la violence conjugale. Ainsi, nombreux sont les groupes qui souhaitent voir le SPVM amorcer ce qui se fait déjà en Grande-Bretagne et en Norvège : désarmer la police.

Faire appel à des intervenants

Est-ce qu’une police désarmée dans la rue suffit à intervenir adéquatement lors d’un moment de crise ? Non, évidemment. Et plutôt que de prôner uniquement une formation plus pointue de la police, j’attire votre attention sur une autre possibilité, plus prometteuse, il me semble.

Des services d’intervention psychosociale spécialisée en situation de crise existent déjà à Montréal. En plus d’avoir fait leurs preuves, ces derniers se déplacent là où les urgences sont. Quoi de mieux ?

Plutôt que de compter uniquement sur la police dans des moments de détresse psychologique, pourquoi ne pas valoriser ces services ?

Reconnaissons les limites de l’intervention policière et misons sur ces professionnels dont l’intervention est nécessaire aux nombreux appels de détresse à Montréal.

L’idée n’est pas si originale. Plusieurs groupes militants parlent depuis déjà longtemps de démilitarisation et de l’importance de l’intervention psychosociale (le collectif Montréal Noir, la Commission populaire sur la répression politique, Black Lives Matter Montréal).

De même, nombre de coroners ont statué sur l’importance de revoir l’intervention en cas de détresse psychosociale ; c’est le cas du coroner Malouin ayant fait le rapport d’analyse de la mort d’Alain Magloire et du coroner Brochu ayant conclu, après la mort de Farshad Mohammadi en 2012, qu’« encore une fois, il faut déplorer la mort d’une personne souffrant d’un problème de santé mentale. Encore une fois, des policiers se sont retrouvés en première ligne d’intervention auprès d’une personne nécessitant des soins de santé et des services sociaux plutôt qu’une intervention policière ».

En regard de la situation, on peut se questionner sur les raisons expliquant le peu d’équipes d’intervention psychosociale pour agir en cas de crise.

Il semble plus que temps de repenser le modèle d’intervention en cas de détresse psychologique pour qu’il soit au service des personnes qui l’expérimenteront.

Plus aucune vie ne devrait faire les frais de modèles d’intervention inadéquats.

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