Témoignage du 5 avril 2013 et appel à tous

05 Avril 2013

Appel à tous! Je cherche à entrer en contact avec la dame qui a été brutalisée par les policiers du SPVM au coin des rue Maisonneuve et Saint-Hubert (trottoir sud-est) à 21h00 le vendredi 5 avril 2013. Elle est âgée d’environ 40 à 50 ans et est grande d’environ 5 pieds. Cette femme venait de sortir de la souricière dans laquelle elle venait de passer environ 3h par un temps venteux et froid. Cette dame était accompagnée de son chien.

En sortant de la souricière, elle est venue nous montrer sa contravention de 637$ en clamant sarcastiquement qu’elle était une «femme dangereuse». Son «délit» était tamponné sur sa contravention : en vertu du règlement municipal P-6, elle a participé à une manifestation dont le trajet n’avait pas été divulgué au Service de police de la ville de Montréal.

C’est alors qu’elle nous a dit que nous «étions une belle génération». Je l’ai remercié. Elle était d’une gentillesse et d’une douceur désarmante, même après avoir été maltraitée pendant un peu moins de trois heures à l’intérieur de la souricière. Elle semblait rentrer chez elle, en promenant son chien en laisse, alors qu’une colonne d’environ une demi-douzaine de policiers venait en sens inverse.

Par bravoure et par dérision, elle braquait sa contravention dans les airs en clamant sarcastiquement, encore une fois, qu’elle était «une femme dangereuse». Elle venait de passer au moins la moitié de la colonne de policier, c’est alors qu’un léger contact a eu lieu entre elle et un policier. Les trois derniers policiers de la colonne ont sauté sur la dame avec une violence inouïe. L’une d’eux a proclamée qu’il s’agissait là d’un «voie de fait contre un agent de la paix», ou une ineptie illogique de la sorte.

Ils ont projeté la dame au mur.

Pourquoi y a-t-il eu contact, aussi léger soit-il? Il y a un poteau en plein milieu du trottoir, à la gauche de la dame. Elle avait la colonne de policiers juste à sa droite. Impossible de ne pas voir là que les policiers auraient pu simplement faire un tout petit peu de place pour laisser la dame passer, ignorer ses clameurs, garder leur sang-froid et ne pas provoquer une escalade de violence complètement inutile.

J’ai crié : «NON! NON! NE FAITES PAS ÇA!» et les trois policiers ont tourné la tête en ma direction pour me regarder un quart de seconde. Juste assez, j’espère pour qu’ils ne se mettent pas à battre la dame. Un autre policier m’a évidemment sommé de m’en aller. Comme d’habitude, ils ne veulent pas de témoins.

C’est à ce moment que j’ai remarqué une autre dame, âgée d’environ 60 ans, qui était arrêtée juste à côté de la scène et qui, sous le choc, avait les deux yeux grands ouverts. Un policier lui donnait l’ordre de circuler, de quitter, mais elle restait muette,béate et immobile devant une telle horreur de la dérive des policiers.

Je criais : «C’EST N’IMPORTE QUOI!», je n’arrivais pas à formuler ma penser, le choc de l’absurdité de la situation était d’une puissance telle qu’elle m’a fait perdre ma raison. L’adrénaline me transperçait les pores de ma peau. Le policier continuait de sommer la dame de 60 ans de quitter. J’ai crié à la dame : «ILS VEULENT QUE VOUS IGNORIEZ LEUR ABUS! ILS VEULENT QUE VOUS FERMIEZ VOS YEUX DEVANT LEUR VIOLENCE!».

Pris de panique et d’une nausée que je n’avais jamais connue auparavant, je pleurais et j’avais envie de vomir. J’étais maintenant seul, séparé du groupe de l’ASSÉ qui était venu porter du café et des beignes aux arrêtés que j’avais croisé et suivi. J’ai décidé d’appeler ma copine et de lui raconter ce que je venais de vivre. Elle n’en croyait évidemment pas ses oreilles.

Cette dame avec le chien, elle a peut-être passée la nuit en prison. Pendant ce temps, j’avais le profond regret de ne pas pu avoir fait plus. Prendre en note les numéros de matricules dans ce genre de situation est presque impossible. Le rush d’adrénaline nous transforme en animal écervelé qui déclenche l’instinct de survie primitif. Les policiers, dans ce genre de situation, ont le beau jeu de repousser tous les témoins, sait-on jamais si un de ces témoins venait contredire la version «officielle» des policiers.

Voie de fait sur un agent de la paix? Le comble du ridicule. Cette dame s’en allait tranquillement chez elle après s’être fait remettre une contravention qui est surement illégitime aux yeux de la charte des droits et libertés. Le véritable crime, ce sont les trois policiers qui ont rudoyés la dame, l’ont projetés violemment contre le mur, l’ont peut-être blessée et laissée dans la douleur dans une cellule pour la nuit, ou pire, toute la fin de semaine.

Le véritable criminel, c’est la police.

Je suis prêt à témoigner contre ces policiers si on les retrouve. Je suis prêt à prendre la défense de cette dame qui n’a jamais mérité d’être traitée de la sorte, voir torturée. Ces policiers ont abusé de la force. Ces policiers ont abusé de leur pouvoir. Ces policiers sont des criminels et doivent répondre de leurs agissements. L’impunité doit cesser.

Aidez-moi à entrer en contact avec cette dame.

Merci beaucoup,

Philippe Gagnier

Corp policier (SPVM, SQ, GRC, agent de la STM, etc): 

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