Enquête publique du coroner Malouin sur les causes et circonstances du décès de Pierre Coriolan - 18 au 21 janvier 2021

Enquête publique du coroner Malouin sur les causes et circonstances du décès de Pierre Coriolan

JOUR 1 : 18 JANVIER 2021

Aujourd’hui reprenait l’enquête publique du coroner Luc Malouin sur les causes et circonstances du décès de Pierre Coriolan, décédé à l’âge de 58 ans lors d’une violente intervention du SPVM survenue chez lui, le 27 juin 2017

Une enquête publique qui avait commencée l’an dernier et qui se continue virtuellement, pour cause de pandémie évidemment

Donc, en cette neuvième journée d’audience, le coroner a d’abord entendu Alain Aquilino, maître instructeur en emploi de la force au SPVM

Le principal objet de son témoignage consistait à faire état du suivi effectué par le SPVM en termes de rétroaction relativement à l’intervention du 27 juin 2017

En fait, le SPVM n’a pas tenu une rétroaction à proprement parler, sous le motif que l’événement était à l’époque visé par une enquête du BEI

Aquilino a cependant prit part à une réunion au sous-sol du Poste de quartier 21, le 6 juillet 2017, avec la plupart des policiers impliqués dans l’événement

Une réunion qu’il a qualifié de « rencontre post-incident » et durant laquelle il n’a apparement prit aucune notes

On a quand même pu apprendre que certains policiers impliqués avaient senti qu’ils avaient été « traités comme des criminels », Aquilino mentionnant à titre d’exemple qu’un des flics a dû remettre son ceinturon (sur lequel se trouve son arme à feu, notamment) dès qu’il est sorti du bloc à appartements où s’est déroulé le drame, lui causant un « gros impact émotionnel », semble-t-il

Mais est-ce qu’une rétroaction a été tenue en bonne et due forme une fois l’enquête du BEI terminée ?, ai-je demandé à Aquilino

Une question à laquelle le maître instructeur du SPVM ne pouvait répondre, ajoutant que seule la DAI (Division des affaires internes) pourrait vraiment le savoir

Puis, le coroner a entendu Martin Destrempes, policier retraité du SPVM qui a fait une partie de sa longue carrière parmi les bataillons anti-émeute

C’est la Ville de Montréal qui a retenu les services de Destrempes en tant qu’expert en emploi de la force dans le cadre de la poursuite civile intentée par la famille Coriolan

Autrement dit, Destrempes est allé défendre les actions des policiers impliqués qui ont utilisé à la fois le pistolet semi-automatique, l’arme à impulsion électrique, le fusil à balles de plastiques et le bâton télescopique sur la personne de Pierre Coriolan

La qualification d’expert de Destrempes a toutefois donné lieu à un débat, compte tenu que c’est la première fois qu’il témoignait à ce titre devant un tribunal

Alain Arsenault, l’un des avocats de la famille du défunt, s’est ainsi objecté à ce que le coroner décerne ce titre à Destrempes compte tenu que le flic à la retraite a lui-même formé ses collègues policiers du SPVM en usage de la force pendant de nombreuses années

« Il va donner une expertise sur la formation qu’il a lui-même donné », a plaidé l’avocat d’expérience, en comparant le témoin à quelqu’un qui est juge de sa propre cause

De mon côté, je me suis objecté à ce que Destrempes soit reconnu comme expert en intervention de crise, en santé mentale ou en désescalade, étant que son curriculum vitae est muet en ce domaine

Le coroner a tranché en reconnaissant Destrempes comme expert en intervention physique et tactique et en maintien et rétablissement de l’ordre

Le témoignage de Destrempes se poursuit demain, (19 janvier 2021) à compter de 9h30

Par Alexandre Popovic

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JOUR 2 : 19 JANVIER 2021

Jour 2 : Enquête publique du coroner Malouin sur les causes et circonstances du décès de Pierre Coriolan

L’enquête publique du coroner Malouin sur les causes et circonstances du décès de Pierre Coriolan s’est poursuivie aujourd’hui avec le témoignage de Martin Destrempes, ex-policier du SPVM qui était entendu à titre de témoin expert en emploi de la force

Un témoignage un peu laborieux par moments, le coroner ayant dû intervenir à plus d’une occasion pour expliquer à Destrempes qu’il n’avait pas répondu à la question, même dans des cas où celle-ci était « fort simple »

Sans surprise, Destrempes a déclaré que l’intervention qui a coûté la vie à l’homme de 58 ans était « conforme » au Modèle national de l’emploi de la force utilisé à Nicolet

Il a aussi dit au coroner qu’il fallait se placer « dans les souliers des policiers », de comprendre leur « état d’esprit » et leur « stress »… alors qu’en intervention de crise, c’est plutôt aux flics de s’adapter à la situation de la personne visée par leur intervention

Destrempes a aussi insisté sur la mince marge de manœuvre des policiers durant l’intervention, mentionnant par exemple que la porte de l’appartement d’en face était à seulement 48 pouces de celle de Pierre Coriolan

La situation aurait été différente, a illustré Destrempes, si les policiers avaient eu affaire à un homme en crise vivant en banlieue, sur une propriété de 10 000 pieds carrés, car à ce moment-là ils auraient pu se tenir à une distance de 10, 20 ou 30 mètres… ce qui revient à dire que Pierre Coriolan aurait eu de meilleures chances survie si ses modestes moyens ne l’avait pas obligé à vivre dans un si petit appartement…

Cela dit, le témoin expert a tout de même formulé quelques réserves par rapport aux méthodes d’intervention utilisées par les six policiers impliqués

Il a ainsi admis qu’il aurait été « préférable » que le sergent Jimmy-Carl Michon se contente d’utiliser ses oreilles pour s’assurer que l’homme était seul, au lieu d’utiliser sa main pour ouvrir grande la porte de l’appartement

Il a aussi dit l’enseignement ne préconise pas que les policiers se tiennent dans l’embrasure de la porte d’appartement, comme l’a fait Michon et ses collègues policiers lorsqu’ils ont établi le premier contact

Destrempes s’est aussi distancé par rapport à l’approche utilisée verbale par les policiers, soit de s’adresser à Pierre Coriolan en disant : « Police, lâche tes armes ! », soit un tournevis et un couteau de cuisine qu’il tenait alors qu’il était assis sur son divan

Il a ainsi reconnu que c’était pas la meilleure méthode et qu’il aurait lui-même utilisé un « ton de voix plus bas », en ajoutant cependant que c’était ce type de communication qui est enseigné à Nicolet

Destrempes a par ailleurs qualifié « d’écart théorique » le fait que l’agent Mathieu Girard ait administré une décharge de pistolet Taser d’une durée dépassant 15 secondes, ce qui est contraire aux pratiques, ajoutant cependant que cela était « raisonnable et nécessaire »… alors que la victime venait pourtant d’être atteint de trois projectiles d’armes à feu tirés par le sergent Michon et l’agent Simon Chrétien

L’utilisation du bâton télescopique alors que la victime était en état de « neutralisation neuromusculaire » suite à l’une des décharges électriques, donc incapable du moindre mouvement, était également « contraire à la théorie »… mais « raisonnable dans les circonstances », selon l’ex-flic du SPVM

« Mais moi si je me place dans la tête des policiers, il y avait un danger selon leur perception », a tenu à dire Destrempes, puisque la victime tenait toujours une arme à la main alors qu’il vivait ses derniers instants

Fait à souligner, Destrempes a reconnu que Pierre Coriolan n’avait commis aucune infraction avant l’arrivée des policiers

L’homme en crise criait et avait endommagé des choses dans son petit appartement

C’est d’ailleurs à ce moment-là que j’ai fait ma seule intervention de la journée, en réaction au fait que l’avocat de la Ville de Montréal et de son service de police, Pierre-Yves Boisvert, venait d’affirmer que la victime était en train de « tout détruire » dans son appartement ce qui, selon lui, constituait un « méfait »

Il fallait que je remette Boisvert à sa place, lui qui a multiplié les objections durant la journée en disant que la prémisse de telle ou telle question n’était « pas conforme à la preuve »

J’ai alors indiqué au coroner qu’on sait aujourd’hui que la victime a seulement détruit un petit nombre d’objets dans son appartement

En ajoutant que c’est pas un crime de péter un bien qui t’appartient pour ventiler

L’enquête publique du coroner se poursuit demain 20 janvier, à 9h30

Ça va alors être à mon tour de contre-interroger Destrempes

Par Alexandre Popovic

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JOUR 3 : 20 JANVIER 2021

Aujourd’hui c’était le jour 3 de la semaine ( 11ème journée-total ) de l’enquête publique du coroner Malouin sur les causes et circonstances du décès de Pierre Coriolan

J’ai commencé en contre-interrogeant l’expert de la Ville de Montréal, Martin Destrempes

Je vous ferai bien un compte rendu, mais malheureusement j’ai pas encore développé la faculté de prendre des notes et de poser des questions en même temps

Tout ce que je peux vous dire, c’est que j’ai dû sauter un certain nombre de questions parce que le coroner Malouin a annoncé d’entrée de jeu que le temps au contre-interrogatoire de Destrempes sera limité

Lorsque Destrempes a fini de témoigner, Pierre-Yves Boisvert est intervenu pour dire que le SPVM était « nerveux » du fait que certaines de ces procédures aient été déposées en preuve en annexe au rapport d’expertise de Destrempes

Le coroner a alors aussitôt imposé une ordonnance de non-publication d’une durée de 100 ans sur la totalité de ces documents

Alain Arsenault, l’un des avocats de la famille, a bien voulu intervenir mais lorsque le droit de parole lui a été accordé, il a été mit devant le fait accompli

Voyez-vous, comme l’enquête publique se tient de façon virtuelle, il faut un peser sur un piton indiquant qu’on veut prendre la parole avant de parler

C’est ce que Me Arsenault a fait, mais lorsque ce fut à son tour de s’exprimer le coroner avait déjà prononcé son ordonnance

D’ailleurs, le caractère virtuel de l’enquête publique a donné lieu à une série de pépins depuis lundi qui ont parfois pour effet de ralentir le déroulement des travaux

À cela s’ajoute le fait qu’on a eu le loisir d’entendre le chien du coroner japper durant une partie du témoignage de Destrempes

L’enquête se poursuit demain avec la suite du témoignage de Bruno Poulin, maître instructeur en emploi de la force à l’École nationale de police et témoin expert en emploi de la force du coroner

Par Alexandre Popovic

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JOUR 4 : 21 JANVIER 2021

Aujourd’hui, c’était la 12ème journée de l’enquête publique du coroner Malouin sur les causes et circonstances du décès de Pierre Coriolan
Enfin, il serait plus exact de dire qu’il s’agissait d’une demi-journée puisqu’on a terminé sur l’heure du midi avec le témoignage de Bruno Poulin
J’ai moi-même contre-interrogé ce témoin expert en emploi de la force pendant près d’une heure de temps en début de journée
Mais comme les avocats des policiers ne lui ont pas posé une seule question, l’audience s’est ajournée plus tôt que prévu
Seul l’avocat de la Ville de Montréal et de son service de police, Pierre-Yves Boisvert, a brièvement contre-interrogé Poulin pendant quelques minutes
Pour ma part, j’ai terminé mon contre-interrogatoire en soumettant une proposition pour promouvoir au sein de la police la « culture de désescalade », pour reprendre l’expression utilisée par Poulin
L’idée est la suivante :
Quand un policier fait feu sur une personne en crise, les journaux vont en parler
Mais quand le policier évite de faire feu, c’est plutôt rare que ça fasse les gros titres
Mais pourquoi pas ?
Pourquoi est-ce que les corps policiers ne feraient pas la promotion de stratégies de désescalade qui ont été couronnées de succès, des « success stories » comme on dit en bon français ?
Est-ce que ce serait pas une façon efficace de promouvoir la culture de désescalade que de valoriser le policier qui a pas fait feu alors qu’il aurait été légalement justifié de le faire ?
Après tout, on parle d’un policier qui a sauvé une vie et ça, ça mérite d’être récompensé parce que chacune vie humaine est précieuse, alors le ministère de la Sécurité publique pourrait inviter les médias à une cérémonie lors de laquelle différents policiers se ferait remettre une « médaille de la désescalade », ou un truc du genre
Poulin a dit qu’il trouvait que c’était une bonne idée
J’ai alors continué sur ma lancée
On a un Manuel de l’emploi de l’emploi de la force ; à quand un Manuel de l’emploi de l’emploi de la désescalade ?
On a des experts en emploi de la force; à quand des experts en désescalade ?
« Remplaçons la force par la désescalade pour que la désescalade devienne une force ! », ai-je ajouté
Le coroner est intervenu pour dire que j’étais maintenant rendu dans l’argumentation
J’ai alors reconnu que je n’avais plus de question à poser à son témoin expert

L’enquête publique va reprendre à une date indéterminée pour approfondir plus à fond le volet des recommandations visant une meilleure protection de la vie humaine

Par Alexandre Popovic

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