Enquête criminelle sur une vedette du SPVM

Nouvelle commotion au SPVM. La police retire de ses fonctions une superstar de la lutte antidrogue ciblée par une enquête interne en matière criminelle sur ses rapports avec le crime organisé.

Le sergent détective en question, connu comme l'un des policiers qui contrôlent le plus d'informateurs dans les milieux criminels au Québec, a été avisé cet après-midi qu'il sera « tabletté ». Il perd son prestigieux poste à la division de lutte au crime organisé et doit abandonner immédiatement ses nombreuses enquêtes en cours. Il lui sera aussi interdit de communiquer avec ses informateurs, même s'il n'est accusé de rien à ce stade.

« Lors de l'affaire Davidson et de l'affaire Roberge, le directeur du SPVM avait mentionné qu'il y avait toujours des enquêtes en cours, que le travail n'était pas terminé. Oui il y a enquête en cours, un policier a été déplacé. On ne dévoile pas son identité pour l'instant, car il n'est pas accusé. On a 7000 employés qui travaillent à la sécurité des citoyens, cependant quand des cas sont signalés il faut agir, c'est ce qu'on a fait aujourd'hui », explique le commandant Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM.

Sur Facebook, le policier en question utilise comme avatar le sigle de Batman et le projecteur qui sert à appeler au secours l'impitoyable justicier masqué. Comme l'homme chauve-souris, il n'a jamais fait l'unanimité au sein de la police.

La division des affaires internes du SPVM, épaulée par la GRC, a « Batman » dans la mire depuis deux ans. Elle a précipité son intervention récemment, après avoir appris que La Presse et TVA enquêtaient depuis plusieurs mois sur la même affaire et s'apprêtaient à en révéler les détails.

Selon nos sources, depuis 2009, le SPVM a reçu au moins quatre signalements de policiers qui sonnaient l'alarme au sujet de ce collègue. En dehors des canaux officiels, des enquêteurs avaient mené des enquêtes parallèles, non sanctionnées par la hiérarchie, sur le policier vedette. Ils ont ensuite montré leurs résultats à la direction.

Tous faisaient état de préoccupations, entre autres quant aux relations qu'entretiendrait l'enquêteur avec ses sources au sein du crime organisé libanais. Deux individus issus des milieux criminels se sont aussi manifestés pour faire part du même genre d'allégations.

Le ministère au courant

Dès 2010, inquiet après les premiers signalements, le chef Marc Parent a demandé à la Sûreté du Québec de faire des vérifications à ce sujet. À priori, ils n'ont rien trouvé d'incriminant.

Lorsque les signalements sont devenus trop nombreux, la direction du SPVM a été forcée de passer à une étape supérieure. Depuis 2008, la loi exige que les corps de police avertissent le ministère de la Sécurité publique lorsqu'un de leurs agents fait l'objet d'allégations criminelles sérieuses. Le 20 février 2012, le SPVM informe donc le ministère du cas de son enquêteur vedette.

La division des affaires internes met alors en branle une enquête comme il ne s'en est jamais vu à la police de Montréal. Leur tâche est parsemée d'embuches. Leur cible est reconnue comme un fin renard, un des meilleurs enquêteurs en ville. Il est l'idole de plusieurs jeunes agents pour ses faits d'armes et son ardeur au travail. Encore cet automne, son nom était sur toutes les lèvres lorsqu'un présumé trafiquant lui a foncé dessus en voiture, à quelques pas de son bureau de la Place Versailles, et qu'il a tiré un coup de feu pour stopper le véhicule.

« Il a travaillé partout, il connaît du monde partout dans le service. Et si une question est posée à ses sources, ça peut remonter jusqu'à lui », constate un policier au fait du dossier. Pour éviter les fuites, la GRC a donc été appelée en renfort dans l'enquête.

Une des principales interlocutrices à qui les affaires internes auraient voulu parler est une trafiquante de drogue d'origine libanaise qui serait devenue une source contrôlée par « Batman » après son arrestation en possession d'un revolver, de munitions, d'ecstasy, de cocaïne et de haschich, en 2003.

La police avait des informations indiquant qu'elle aurait développé une relation intime avec son contrôleur du SPVM tout en continuant à tremper dans l'univers des stupéfiants. Mais la dame est morte en 2006 à Laval, frappée à quelques pas de chez elle par un chauffard qui a pris la fuite.

Autre difficulté : « Batman » a aussi beaucoup d'ennemis, ce qui fait craindre à certains qu'il soit victime de calomnies par frustration.

« Souvent, les gars partagent leurs infos pour que tout le monde dans l'équipe puisse faire quelques dossiers par semaine. Mais lui, ne partageait jamais rien. S'il avait six pistes dans la même semaine, il les gardait toutes pour lui », confie un policier qui a travaillé avec lui.

« Il se met toujours dans le chemin si un autre groupe du SPVM veut rencontrer une de ses sources », confie un autre observateur au sein de la police de Montréal.

La direction demeure donc prudente. Elle ne veut pas crucifier un de ses enquêteurs en raison de simples conflits personnels entre collègues.

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