ITINÉRANT MENACÉ PAR UN POLICIER - L’auteur de la vidéo lance un cri du coeur

L’auteur de la vidéo montrant un policier qui menace d’attacher un itinérant à un poteau, par un temps glacial, lance un cri d’alarme contre « l’injustice » faite aux marginaux de Montréal — souvent victimes de maladie mentale.

Adis Simidzija, un étudiant à la maîtrise en sociologie à l’Université de Montréal, affirme que sa vidéo de 52 secondes montre ce qui arrive de façon quotidienne aux centaines de personnes qui se retrouvent à la rue. Il interpelle le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), le maire Denis Coderre et les gouvernements pour que les marginaux se fassent soigner plutôt que d’aboutir dans les mailles du système judiciaire.

« Ce n’est pas en faisant de la répression policière qu’on va aider les itinérants et les marginaux », dit Adis Simidzija en entrevue au Devoir.

L’étudiant de 25 ans est « devenu méfiant envers les policiers » durant le printemps érable de 2012. Il dit avoir reçu — et contesté — quatre contraventions reçues en lien avec des manifestations contre le fameux règlement P-6 et contre la hausse des droits de scolarité.

Lorsqu’il a vu un policier interpeller un itinérant sur le trottoir, par une journée glaciale la semaine dernière, Adis Simidzija n’a pas hésité : il a sorti son téléphone et a commencé à filmer. La vidéo montre un itinérant vêtu de bermudas et d’un t-shirt, près du métro Jean-Talon. Un policier lui demande de cesser de mendier et d’aller se protéger du froid à l’intérieur, sans quoi il « l’attachera à un poteau ».

Tensions entre policiers et marginaux

Pour Adis Simidzija, cette vidéo confirme les relations malsaines entre la police et les marginaux. De toute évidence, le policier ne sait plus quoi faire pour ramener à la raison cet homme visiblement troublé.

Les menaces en apparence banales du policier démontrent que le SPVM s’y prend bien mal pour lutter contre les « incivilités » et les « désordres urbains » attribués aux itinérants, selon Adis Simidzija. D’après lui, l’action de la police n’a rien de banal et s’inspire de la théorie de la « vitre cassée », appliquée par l’ex-maire de New York Rudolph Giuliani dans les années 90 : « Pour éradiquer la criminalité à une plus grande échelle, les gouvernements doivent mettre en place un plan radical de répression intensive des espaces où les petits délits sont commis », écrit Adis Simidzija dans une lettre transmise au Devoir.

Il dit souhaiter que l’itinérance devienne une « priorité nationale ». La Ville et les gouvernements devraient investir massivement dans les logements sociaux, dans les services sociaux et s’assurer que des travailleurs de rue peuvent aider les itinérants. On demande aux policiers d’agir comme des travailleurs sociaux, note Adis Simidzija, alors qu’ils sont formés pour combattre la criminalité.

Trop de contraventions

« Il y a encore trop de contraventions qui sont remises à des itinérants, surtout dans le métro », renchérit Bernard St-Jacques, organisateur communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

Une moyenne de 6000 contraventions par année ont été remises à des itinérants entre 2006 et 2010, selon une enquête de l’École de service social de l’Université de Montréal. Pour la seule année 2010, 6562 constats d’infraction ont été donnés, dont 61,8 % dans le métro.

Plus de 70 % des infractions constatées dans le métro concernent la tentative d’obtenir un voyage sans payer, le fait de fumer ou d’être couché sur les bancs, souligne l’étude. Quant aux constats d’infraction liés à des règlements municipaux, ils touchent surtout la consommation sur la voie publique, le flânage et la présence dans les parcs en dehors des heures d’ouverture.

Signe d’espoir, les itinérants ne vont plus en prison depuis 2004 pour des amendes impayées à Montréal, souligne Bernard St-Jacques.

« Ça ne devrait pas être nécessairement juste des policiers qui font des interventions auprès des personnes itinérantes », dit Marjolaine Despars, coordonnatrice adjointe au RAPSIM. Elle rappelle que le milieu communautaire et des services sociaux attend avec impatience la nouvelle politique québécoise sur l’itinérance, qui doit être présentée à la fin du mois de janvier par le gouvernement Marois.

Une équipe d’intervention mixte, qui regroupe des policiers du SPVM et des travailleurs sociaux du centre-ville, donne des résultats prometteurs, selon elle. Cette Équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance (EMRII), créée en 2009, adopte « une approche intéressante, mais qui ne s’est malheureusement pas répandue à l’ensemble du corps policier », dit Marjolaine Despars.

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