Le maintien en détention d'un militant étudiant dénoncé

Le député de Québec solidaire Amir Khadir et l'avocat Julius Grey dénoncent la détention préventive du militant étudiant Hamza Babou, arrêté à la suite de levées de cours houleuses à l'UQAM. Un juge de la cour municipale de Montréal a décidé de la garder derrière les barreaux dans l'attente de son procès.

« On assiste à une judiciarisation, certains parleraient d'une criminalisation, de la contestation politique », a déploré Amir Khadir en conférence de presse dimanche.

« Alors que plusieurs bandits que nous avons pu voir passés devant la commission Charbonneau continuent à courir en toute liberté, il y a un sentiment de deux poids deux mesures », a-t-il ajouté.
Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, et l'avocat Julius Grey Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, et l'avocat Julius Grey

Il presse les juristes, les associations de défense des droits et le public à faire entendre leur voix dans le dossier. « On doit se demander si c'est comme ça en démocratie qu'on protège le droit des individus, le droit à la dissidence, le droit à la grève, et même le droit des accusés. »

Le député était accompagné de Julius Grey, spécialiste des droits de la personne, qui croit lui aussi que le maintien en prison d'Hamza Babou est un « geste punitif » injustifié.
« C'est vraiment insolite. L'incarcération dans l'attente d'un procès doit être pour les cas les plus exceptionnels, et cela n'en ait pas un. »
— Julius Grey

Il souligne que des accusés d'homicide involontaire sont souvent libérés sous caution.

Hamza Babou fait face à 12 chefs d'accusation de voies de fait, d'agression armée (pour avoir utilisé des serpentins en aérosol), de menaces de mort ou de lésions corporelles et d'attroupement illégal.

Me Grey ne remet pas en question la bonne foi du juge de la cour municipale, même s'il se dit convaincu que sa décision sera cassée. C'est d'ailleurs l'intention de l'avocate d'Hamza Babou, Me Véronique Robert, qui devrait déposer demain une requête de remise en liberté en Cour supérieure.

Me Grey dit ne pas être contre ce jugement en particulier ou contre le juge, mais plutôt contre « une tendance en droit criminel, contre une nouvelle sévérité dans un monde où il y a de moins en moins de crimes. »

« La dissidence est importante, souligne-t-il, particulièrement quand le point de vue n'est pas populaire. On n'a pas besoin de la liberté d'expression pour dire j'aime ma mère, illustre-t-il. C'est quand on veut dire quelque chose de dérangeant, quand on n'a pas l'accord, qu'il est nécessaire de pouvoir être dissident. »

Le juge Denis Laberge, qui a refusé de libérer Hamza Babou, a expliqué dans son jugement croire « que l'opinion publique serait un peu découragée de voir que la justice, finalement, n'arrive à rien », soulignant que l'accusé avait déjà violé une injonction de la Cour supérieure pour stopper le blocage des cours à l'UQAM.

Le juge s'était défendu de vouloir faire du jeune homme un exemple. « Je ne veux pas que vous soyez la personne qui paye pour tous les autres. Ce n'est pas ça du tout », avait-il dit au jeune militant.

Hamza Babou doit revenir en cour municipale mercredi.

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