La police montée sur ses grands chevaux

J’étais là, hier soir, à la manifestation contre la brutalité policière. Aujourd’hui, j’entends le chef du Service de police de la ville de Montréal qui parle à toutes les heures aux nouvelles à la radio. J’ai l’impression que nous ne sommes pas allés à la même manifestation…..
Place Émilie-Gamelin, 17 heures, beaucoup de gens, des jeunes en grande majorité, qui portent le carré rouge symbolisant la lutte des étudiants. Cinq milles personnes disait la police hier soir, ça me paraît vraisemblable ; aujourd’hui, la police se rétracte et parle de deux milles personnes seulement. Combien de « casseurs » dans cette manifestation ? Moi je n’en ai vu aucun ; pas eu le temps… Je marche, avec mon amie Claude, à la fin du cortège. Autour de nous, un groupe de jeunes qui font de la musique, accordéon, clarinette, très sympathique. Tout à coup, derrière nous, dans la côte avant d ‘arriver à la rue Sherbrooke, la police arrive en nombre et en force. Un groupe monté sur ses grands chevaux, au sens propre, d’autres groupes armés de matraques, avec des boucliers, au pas de course, saccadé, bruyant. La terreur ! Ôtez-vous de là ! Ces policiers disparaissent rapidement de notre vue ; ils remontent de chaque côté du cortège qui tourne sur Sherbrooke vers l’ouest. Les autobus et autres véhicules qui avaient amené cette armée se mettent à pousser dans le dos des manifestants qui sont encore dans la côte. Impossible de rester dans la rue. Nous nous replions sur le trottoir. Est-ce qu’il s’est passé quelque chose de grave à l’avant ou au milieu du cortège pour justifier une telle intervention? Impossible à savoir. Quand nous arrivons enfin sur Sherbrooke, l’intervention policière a déjà porté fruit. Le cortège est loin devant nous, à presque deux coins de rue. Nous entendons un gros BOUM suivi d’un nuage de fumée. Mon amie Claude, plus brave que moi, s’avance. Comme plusieurs autres, je reste sur place, sur le trottoir. Quelques minutes plus tard, il n’y a plus personne sur Sherbrooke. Je pense que tous les manifestants ont été dispersés. Et, avec le message non équivoque que les « forces de l’ordre » ont laissé sur leur passage, je me dis que si des manifestants se sont entêtés, ils doivent passer un mauvais quart d’heure…. Je rentre à la maison en espérant que mon amie Claude soit saine et sauve. Rassurez-vous, elle l’est ! Aux nouvelles, en fin de soirée, je vois très peu d’images montrant la calme qui régnait jusqu’à la rue Sherbrooke. Je ne vois rien non plus de l’offensive qui s’est amorcée dans la côte…. Je ne suis surprise de voir une auto de police renversée. Je suis contre la casse, mais selon ce que je viens de vivre, elle a été provoquée.
Combien y en a-t-il, qui, terrorisés comme moi, sont partis, laissant ainsi toute la place aux casseurs. Combien y en a-t-il d’autres, moins peureux, plus jeunes plus fous comme disait la chanson, qui se sont enflammés en réaction à cette brutale intervention policière ?
Suis-je naïve de penser qu’il aurait été possible que cette manifestation se termine paisiblement ?
Le chef du SPVM est fier du travail de ses troupes. Moi je serai fière du SPVM quand il réussira à neutraliser une poignée de casseurs tout en protégeant des milliers de manifestants paisibles.

J’ai décidé de participer à cette manifestation parce que je suis indignée devant la brutalité dont ont été victimes les étudiants qui manifestaient paisiblement le 7 mars dernier. Ce qui est arrivé à Francis Grenier aurait pu arriver à ma fille, à mon neveu, à ma nièce, au fils ou à la fille de mes amis….
Ce qui est arrivé à Francis Grenier aurait pu nous arriver, à Claude et à moi, hier soir.

Ville où l'événement s'est produit: 

Dossiers: 

Corp policier (SPVM, SQ, GRC, agent de la STM, etc):