grenade asourdissante et gaz lacrymogène

Extrait du texte de Moïse Marcoux-Chabot ''L’usage dangereux des grenades assourdissantes'' 
12 mars 2013

Les grenades utilisées en contrôle de foule par le groupe d'intervention du SPVM sont des «Rubber Ball Blast Grenades». Puisqu'elles produisent une puissante explosion sonore ainsi qu'un éclair de lumière aveuglante, elles entrent dans la catégorie plus générale des «engins de diversion» ou «distraction devices». Utilisées d'abord en contexte militaire et lors de descentes policières, les grenades assourdissantes servent de plus en plus souvent au contrôle de foule. Leur fonction principale est de déstabiliser momentanément la ou les personnes visées, afin de donner un avantage tactique à celui qui l'utilise.
Cette catégorie comprend aussi les grenades plus communément appelées en anglais «flash-bang», «stun grenades», «distraction grenades» ou «flash grenades», voire «blast-actuated munitions» ou «grenades instantanées».
Plusieurs modèles, comme celui utilisé par le SPVM, ne sont pas destinés à l'impact mais expulsent plutôt des irritants chimiques lors de l'explosion, sous forme poudreuse ou gazeuse. On les appelle en France des «grenades lacrymogènes à effet sonore».
Bien que les médias nomment souvent ces engins «bombes assourdissantes» ou «flash-bombes», cette appellation est erronée, car ils ont plutôt les caractéristiques principales des grenades, soit une activation par goupille, suivie d'un lancer et d'une explosion. En termes plus généraux, ces grenades font partie d'un type d'armes dites «à létalité atténuée», «sous-létales», «less lethal» ou «sub-lethal», car elles sont destinées, dans le continuum de force des autorités policières, à un usage non-mortel. Anciennement, le terme «non létales» ou «non-lethal» était utilisé, mais les forces de l'ordre ont vite réalisé que mêmes ces armes peuvent tuer...
Force est de constater que c'est lors des manifestations de 2012 et 2013 que les effets de cette grenade ont été testés empiriquement sur des sujets humains par le SPVM. Nous connaissons le résultat, soit la perte d'un oeil par Francis Grenier lors du premier déploiement massif de l'arme.

Cette grenade, conçue à partir du modèle de grenades Stinger de la même compagnie, est apparue sur le marché en 2006. Elle mesure 7,9 cm de diamètre et 13,2 cm de haut lorsqu'elle est intacte et est destinée à être lancée en direction d'une foule. Sa fiche technique la présente comme un «engin à effet maximal, qui délivre jusqu'à trois stimuli ayant des effets psychologiques et physiologiques: lumière, son et irritant chimique».
Elle contient 8 grammes de poudre éclair (aussi nommée «poudre flash» ou «flash powder», un composé pyrotechnique toujours fabriqué à partir d'un oxydant et d'une poudre métallique. La poudre éclair est un explosif dit «déflagrant», par opposition à «détonnant»: son explosion produit une déflagration lors de laquelle les gaz se déplacent moins rapidement que la combustion elle-même. Selon la fiche de sécurité de données (MSDS) de la Rubber Ball Blast Grenade #1098, la poudre éclair de celle-ci contient 25% à 35% de poudre de magnésium, 20% à 30% de poudre d'aluminium et 40% à 50% de perchlorate de potassium. Notons que c'est ce genre de mélange qui sert à fabriquer les feux d'artifices, en bien moins grande quantité toutefois. Aux États-Unis, il est illégal pour un civil d'être en possession de pétards contenant plus de 50 mg de poudre éclair, jugés trop dangereux. Les grenades que le SPVM utilise renferment 160 fois cette quantité.
Par rapport à une grenade assourdissante classique, celle-ci se distingue par l'expulsion d'irritants chimiques en poudre lors de l'explosion. Elle est aussi distincte par sa composition, principalement en caoutchouc noir flexible. En fait, cette dernière caractéristique est corollaire de la précédente. Pour libérer efficacement sa poudre chimique au-dessus d'une foule en mouvement, elle doit être lancée au-dessus de celle-ci et non en roulant par terre. Or, les modèles traditionnels sont composés de matériaux durs qui pourraient blesser un individu en retombant. La grenade de caoutchouc se sépare en deux lors de l'explosion et les deux parties molles posent un moins grand risque qu'un contenant métallique dur. Afin de réduire encore les risques théoriques, le bouchon d'amorce en acier doit s'éjecter en vol avant l'explosion finale. C'est ce qui produit la première explosion, plus petite, lorsque cette grenade est lancée et activée.
Lors d'un lancer standard, le grenadier dégoupille la grenade et la projette vers le haut en direction générale de sa cible. Tel que mentionné plus haut, une première petite explosion a lieu après une seconde et demie et éjecte le bouchon d'amorce. Une demi-seconde plus tard, soit deux secondes après le dégoupillage initial, les huit grammes de poudre éclair contenus au centre de la grenade explosent et la boule de caoutchouc se sépare en deux ou trois pièces, dispersant aux alentours en un nuage les 26 grammes de poussière chimique CS ou CN.
Pour plus d'informations :
http://moisemarcouxchabot.com/grenades-assourdissantes/
http://moisemarcouxchabot.com/grenades-assourdissantes-2/
http://facingteargas.org/

Vidéos:
https://www.youtube.com/watch?v=jQU7NGdh4ck
https://www.youtube.com/watch?v=SOqJsc6zPnE

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